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«Alors que la construction avait peu innové durant des décennies, la machine est à présent bien lancée»

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«Alors que la construction avait peu innové durant des décennies, la machine est à présent bien lancée»

«Digitalisation, intelligence artificielle, robotisation, industrialisation, … autant de moyens à notre portée qui changent et améliorent nos méthodes de travail pour le bien-être de nos collaborateurs.»

Christophe Van Ophem, CEO d'Eiffage Benelux, nous parle de la digitalisation qui meut le secteur de la construction tout en nous faisant part de ses inquiétudes concernant le manque de main d'oeuvre qualifié. Il fait également un appel aux pouvoirs publics: pour que la construction puisse continuer à assurer son rôle, elle a besoin de continuité et surtout d'investissements.

1. Intelligence artificielle, réalité virtuelle, énergie issue de l’hydrogène, drones, big data, impression 3D, etc. Quelle est, selon vous, la nouvelle technologie qui aura le plus grand impact sur votre entreprise dans les années à venir ?  

Nos métiers sont en pleine mutation. Alors que la construction avait peu innové durant des décennies, la machine est à présent bien lancée. Digitalisation, intelligence artificielle, robotisation, industrialisation, … autant de moyens à notre portée qui changent et améliorent nos méthodes de travail pour le bien-être de nos collaborateurs.
 
En tant que groupe Eiffage, nous promouvons l’innovation au sein de nos équipes et nous investissons beaucoup dans la digitalisation, à tout niveau. Que ce soit sur le terrain pour aider les équipes d’exécution avec des outils digitaux performants, facilitant l’accès aux documents nécessaires pour réaliser leur travail tout en allégeant la lourdeur administrative de nombreuses tâches à faible valeur ajoutée. Dans nos différents sièges d’exploitation, des outils digitaux ont été déployés pour faciliter la vie de toutes et tous.
 
Au-delà de ces innovations, l’enjeu du bas carbone a et aura un impact croissant sur notre métier de promoteur et de constructeur. Cet enjeu sociétal est pris à bras le corps par Eiffage depuis de nombreuses années et a déjà été décliné sur de nombreuses opérations. Nous y travaillerons plus encore à l’avenir.

2. Vers quel métier de la construction les jeunes doivent-ils, aujourd'hui, orienter leur formation pour s’assurer une carrière intéressante et bien rémunérée dans le secteur de la construction : coffreur, menuisier, plombier... ou plutôt planificateur ou ingénieur ?  

Construire est une magnifique profession. Chaque métier y est unique. Que l’on soit ouvrier sur chantier, gestionnaire de projet, conducteurs de travaux ou assistant administratif, la fierté de l’objet construit qui laisse une trace bien visible dans nos villes et nos campagnes est la plus belle récompense qui soit.
 
Les différents métiers sont variés et complémentaires. L’ingénieur ne peut réaliser son projet si les ouvriers ne le mettent pas en œuvre. Chaque acteur est important et de nombreuses filières existent pour trouver sa voie et son bonheur dans la construction.
 
Notre secteur cherche des forces vives, que ce soient des ouvriers, des ingénieurs, des architectes, des juristes, des financiers et j’en passe. Tous ces profils sont nécessaires pour aborder nos projets de plus en plus complexes et pour les réussir.

3. La crise du coronavirus vous a-t-elle appris quelque chose que vous ignoriez sur votre entreprise ?

La résilience ! J’ai été spécialement frappé par la manière avec laquelle nos équipes ont fait face et ont surmonté cette crise. Ce fut pour moi une énorme satisfaction. Tout le monde s’est mobilisé, chacun a fait preuve de flexibilité et a accepté de nouveaux modes de fonctionnement pour continuer à travailler avec le virus, en toute sécurité.
 
Dans une telle crise, l’entreprise pour laquelle on travaille se doit d’être rassurante et motivante pour son personnel, car tout un chacun a besoin de repères solides quand le contexte est flou.
 
Eiffage a la grande particularité d’avoir un actionnariat salarié fort depuis plus de 30 ans. Chaque collaborateur du Groupe peut donc devenir actionnaire du Groupe à des conditions attractives et profiter ainsi des performances d’Eiffage. En avril 2020, en pleine crise sanitaire, nous avons lancé notre campagne annuelle de souscription à l’actionnariat salarié, et malgré le contexte, nous avons eu un taux d’adhésion très élevé, ce qui prouve l’attachement et la confiance de nos équipes en leur Groupe. Ce fut à nouveau une énorme satisfaction.
 
En ce qui concerne l’organisation du travail, nous nous sommes familiarisés au télétravail. Grâce aux outils digitaux, le business a pu continuer pour permettre aux entreprises d’Eiffage Benelux de remplir leurs engagements vis-à-vis de leurs partenaires. Il est important de tirer les conclusions de ce mode de travail à distance, car il y a bien sûr des avantages mais aussi des limites. Notre future organisation sera bien sûr impactée par cette expérience.

4. Quelle est, selon vous, la plus grande menace pour votre entreprise/secteur ? La concurrence étrangère, la pénurie de personnel qualifié, les coûts salariaux ? Autre chose ?

Je ne vois pas de grande menace, heureusement ! Par contre je vois quelques signaux d’alerte au niveau de permis d’urbanisme qui tardent à être délivrés, au niveau d’appels d’offres publics qui ont été retardés et aussi chez certains clients privés qui sont attentistes avant de lancer de nouveaux investissements.
 
Je fais un appel aux pouvoirs publics. Nous avons besoin de vous pour combler au plus vite les mois d’arrêt qui ont perturbé certaines administrations et ainsi retardé le démarrage de nombreux projets. La construction représente un pan important de l’économie du pays, il faut que nous continuions à assurer notre rôle et pour cela on a besoin de continuité et d’investissements. Le Plan de Relance sera capital à ce niveau, s’il se met en place rapidement.
 
Un autre souci est la difficulté de recruter des ouvriers pour nos chantiers. Nous en manquons cruellement, nous voulons engager mais il y a très peu de candidats. Je reste convaincu que pour rester leader du marché de la construction, nous devons construire avec nos propres équipes. De nombreuses initiatives ont été lancées dans les différentes régions où nous sommes actifs, mais malheureusement le nombre de candidats est trop faible, c’est un vrai enjeu.

5. Les bâtiments sont-ils encore construits pour l'éternité ou leur attribuera-t-on bientôt une date d'expiration ? 

Nous construisons bien sûr pour longtemps mais avec un focus bien plus important sur le volet environnemental. Nous voulons des ouvrages durables au sens écologique du terme. Le bas carbone, les bâtiments peu énergivores, les matériaux biosourcés, l’économie circulaire, c’est cela notre métier aujourd’hui. Un bâtiment doit être conçu, construit, exploité, maintenu et démonté en prenant soin de la planète. Ce cycle, quelle qu’en soit la durée, doit être optimisé sur le plan de l’impact environnemental, c’est notre priorité et notre rôle.
 

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