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Apprendre à construire pour nos vieux jours

Apprendre à construire pour nos vieux jours

Le nombre de logements adaptés au vieillissement est largement insuffisant. Pourtant, la question n’est que rarement prise en compte tant par les autorités que par les professionnels de la construction.

En France, la filière Silver économie vient de publier un rapport à l’attention du gouvernement dans lequel elle propose des mesures concrètes à mettre en place pour garantir des logements adaptés aux personnes âgées. Et en Belgique, où en est-on?

En Belgique, les aînés en situation de dépendance ont tendance, plus que dans d’autres pays de l’Ocde, à être rapidement placés en maisons de repos (MR) ou en maisons de repos et de soins (MRS). Un système insoutenable financièrement pour les pouvoirs publics. Il convient dès lors de réformer notre politique du logement afin de favoriser le maintien à domicile des personnes âgées. En encourageant la construction d’habitations adaptées ou adaptables, ou en soutenant la rénovation et l’équipement de l’habitat, il est possible de limiter de manière significative le nombre de lits qu’il faudra créer en institution dans les prochaines décennies.

20 ans perdus

Comme le montre l’étude Share (Survey on Health, Ageing and Retirement in Europe), notre pays accuse un retard significatif en matière d’adaptation du logement au handicap et au vieillissement, avec à peine 6% du parc adapté. Or, le sujet n’est pas neuf. En 2002 déjà, la Confédération Construction avait organisé son traditionnel Forum autour du thème «Les seniors, un marché plein d’avenir pour la construction». «Malheureusement, en près de 20 ans, il faut bien convenir que nous n’avons pas enregistré beaucoup de progrès dans ce domaine», déplore Jean-Christophe Vanderhaegen, directeur général de la Confédération Construction Bruxelles-Capitale et auteur du rapport «Handicaps et vieillissement démographique: des défis pour la ville», l’un des premiers ouvrages à traiter du sujet.


Les pièces dont la conception s’avère problématique à l’usage sont connues: il s’agit essentiellement de la salle de bains, de la cuisine et des toilettes. Anticiper ces difficultés n’est pas très compliqué.

Une opportunité pour les Pme

«Les Pme et les Tpe auraient pourtant beaucoup à gagner en investissant le créneau de l’adaptation des logements existants. Idem pour les promoteurs en ce qui concerne les logements neufs qui pourraient être conçus pour être adaptables. Mais en l’absence de réglementations contraignantes, rien ne les y pousse», poursuit Jean-Christophe Vanderhaegen. «Et quand certains promoteurs s’y essaient, le résultat est loin d’être probant parce qu’ils omettent trop souvent de se faire conseiller par des spécialistes.» En France, le récent rapport de la filière Silver économie a préconisé, pour les logements publics, la création d'un label reconnu garant de l'adaptation et l'accessibilité des logements (RG2A) sur le modèle du label reconnu garant de l'environnement (RGE). Et pour accompagner cette proposition, les rapporteurs invitent «à mettre en place un processus vertueux, consistant à n'accorder les aides publiques qu'aux usagers qui font appel à un ergothérapeute et à un entrepreneur qualifié.»

La «smart home» au défi de la «fracture numérique»

Les avancées en matière de maison intelligente (smart home) et d’objets connectés (IoT) peuvent également favoriser le maintien à domicile des personnes âgées. Ceci dit, Jean-Christophe Vanderhaegen reconnaît que les personnes âgées sont parfois naturellement rétives aux nouveaux outils numériques. «En France, on réfléchit beaucoup au concept de Smart Ehpad (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes). De nombreux outils adaptés aux personnes âgées ont ainsi été développés, comme des capteurs qui permettent de détecter les chutes ou des comportements anormaux. Mais les utilisateurs les rejettent parce qu’ils n’aiment pas l’idée d’être observés. Résultat: ces outils, pourtant efficaces, ne décollent pas commercialement.» C’est ce qu’on appelle communément la «fracture numérique», qui touche les personnes âgées n’ayant eu que très peu de contacts avec les technologies actuelles. Mais le processus est en marche et les «objets connectés» joueront certainement un rôle majeur à l’avenir dans le maintien des personnes âgées à domicile. Dans l’intervalle, il appartient aux pouvoirs publics, mais aussi aux professionnels du bâtiment et à leurs fédérations sectorielles respectives de se familiariser avec ce segment de la construction et de la rénovation. Il s’agit non seulement d’un impératif social, mais également d’une formidable opportunité pour le secteur.

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