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Bois-énergie: durable or not durable?

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Bois-énergie: durable or not durable?

L?essor de la filière bois-énergie constitue une nouvelle pression sur la ressource bois disponible, déjà mise à mal par une explosion de la demande. (© ONF Energie Bois)

La stratégie biomasse-énergie mise en place par le Gouvernement wallon pour répondre aux objectifs européens a donné naissance au secteur «bois-énergie». Ce qui ne va pas sans créer quelques tensions avec certains acteurs industriels de la Filière bois.

D'ici à 2020, l'Union européenne s'est fixée comme objectif d'atteindre 20% d'énergie renouvelable dans la consommation totale d'énergie. Des objectifs individuels ont été attribués à chaque Etat membre en fonction de ses capacités. Pour la Belgique, l'objectif à atteindre a ainsi été fixé à 13%. Il ressort de la plupart des plans nationaux qu?environ la moitié de l'objectif européen de 20% d'énergie renouvelable à l'horizon 2020 sera réalisé par la biomasse-énergie, la biomasse solide en l'occurrence dont le bois est de loin le combustible le plus utilisé. Et pour cause, l'impact de la biomasse sur l'environnement est souvent considéré comme nul puisque le CO2 émis par sa combustion est à nouveau absorbé par les plantes pour produire de la biomasse. Il ne contribuerait donc pas à l'effet de serre.

Selon le baromètre d'EurObserv?ER, avec plus de 82,3 Mtep (millions de tonnes équivalent pétrole) produites en 2012 (derniers chiffres disponibles), le bois est la première des sources d'énergie renouvelable en Europe. Le bois et les déchets de bois participent ainsi pour environ 50% à la production d'énergie primaire d'origine renouvelable des 27 États membres de l'UE. Avec 1,1 Mtep, la production belge a quasiment doublé par rapport à 2008.

Concentrant sur son territoire plus de 80% des surfaces forestières du pays, la Wallonie est évidemment en première ligne. Rien d'étonnant, dès lors, si l'utilisation du bois comme énergie rentre clairement dans la stratégie établie par le Gouvernement wallon en vue d'atteindre 20% d'énergie renouvelable d'ici 2020.

La stratégie biomasse-énergie mise en place par le gouvernement wallon pour répondre aux objectifs européens a eu pour effet de provoquer l'émergence et le développement d'un nouvel acteur: le secteur «bois-énergie». Une bonne chose dans l'absolu mais qui ne va pas sans créer d'importantes tensions avec certaines composantes «traditionnelles» de la Filière bois. Car si le bois est une matière première renouvelable, il ne s'agit pas pour autant d'une ressource illimitée.

Tensions intersectorielles

Il apparaît toutefois que l'émergence et l'essor de la filière bois-énergie depuis une petite dizaine d'années constitue une nouvelle pression sur la ressource disponible, déjà mise à mal par une explosion de la demande, et partant sur les prix de la matière première, ce qui a conduit à des frictions entre les différents consommateurs de bois, à commencer par les industries du panneau et de la pâte à papier.

Si à l'origine, chaque secteur se partageait la ressource en bonne intelligence, la situation a fortement évolué en même temps que se développaient de grands projets de production de pellets, de cogénération et de centrales fonctionnant au bois pour lesquels la ressource autrefois attribuée au secteur «bois-énergie» (bois recyclés, surplus de «bois déchet» issu des parcs à conteneurs') ne suffit plus à satisfaire les importants besoins. Tant s'en faut.

A tel point qu?aujourd'hui la filière bois-énergie se pose comme un concurrent sur le marché des produits connexes de scierie (sciure et plaquettes papetières) et des sous-produits de la forêt (bois d'éclaircie et de taillis, branches, houppier?) qui constituaient historiquement les matières premières des secteurs du papier et du panneau.

Outre la question relative à la disponibilité de la ressource, les industries papetières et panneautières, tout en précisant qu?elles sont favorables au développement d'une filière bois-énergie, remettent fortement en question le caractère «durable» de la biomasse énergie dès lors que du bois ou des dérivés de bois susceptibles d'être valorisés autrement partent directement en fumée, annihilant du même coup les avantages du bois pour stocker le carbone à long terme.

Dans ce contexte, les secteurs du panneau et de la pâte à papier ont donc fait valoir la directive européenne 2008/98/CE sur les déchets qui impose une «hiérarchisation» des usages (également appelée «échelle de Lansink»), laquelle prévoit que la réutilisation et le recyclage matière doivent prévaloir sur la valorisation énergétique.

Enfin, les acteurs industriels insistent également sur l'importance respective de leur secteur d'activité en matière d'emplois pour la Wallonie.

La filière bois-énergie entre deux feux

De leur côté, les entreprises wallonnes actives dans le domaine du bois-énergie déplorent une stigmatisation à outrance de leurs activités, rappelant les lignes directrices de la stratégie du gouvernement wallon en matière de développement des énergies renouvelables dont elles ne font que travailler à la mise en œuvre.

En outre, elles mettent en balance les importantes quantités de matière première mobilisées par les industries du panneau et de la pâte à papier en regard des quantités bien plus marginales affectées au bois-énergie.

Enfin, la filière bois-énergie considère qu?en appeler à la stricte application de «l'échelle de Lansink» revient à vouloir s'assurer un monopole d'utilisation des résidus de bois au détriment du bois-énergie mais également des scieurs.

Car tous les acteurs de la filière forêt-bois ne sont pas affectés au même titre par le développement du secteur bois-énergie. Ainsi, comme leurs produits connexes se revendent très bien dans la filière de production d'énergie, les scieurs en tirent un bénéfice substantiel. De même, cette nouvelle concurrence a provoqué une augmentation de la valeur de certaines catégories de produits forestiers qui permettent aux propriétaires tant publics que privés d'accroître leurs rentrées financières.

L'épineuse question

de la ressource

Si la biomasse-énergie présente de nombreux atouts qu?il serait dommage de négliger et qui expliquent en grande partie l'intérêt qu?elle suscite, son utilisation à grande échelle pose néanmoins certaines questions. En effet, l'approvisionnement en biomasse constitue un enjeu crucial pour atteindre les objectifs fixés par l'UE en matière d'énergies renouvelables.

Le problème est que l'offre de bois n?est pas extensible et prélever plus de bois que la forêt n?en produit exposerait la filière à scier la branche sur laquelle est assise. Ce qui est d'ailleurs déjà très clairement le cas dans les forêts de résineux où le taux de prélèvement, c'est à dire le rapport entre le bois récolté et ce que la forêt produit, s'élève à 133,5% pour l'épicéa wallon! Massivement utilisées dans la filière de production biomasse-énergie, sciure et palettes de résineux ont donc vu leurs prix s'envoler en dix ans. Ce qui a conduit les fabricants de panneaux à se tournent vers les feuillus' Or si les peuplements feuillus couvrent maintenant 57% de la superficie forestière wallonne, le bois qu?ils produisent est mal valorisé. En quinze ans, la moitié des scieries de feuillus wallonnes a disparu.

A l'heure actuelle, selon les données de l'Office Economique Wallon du Bois, la récolte annuelle de bois feuillus dans les forêts wallonnes ne représente que 68% de l'accroissement biologique. Il n?empêche que les feuillus locaux sont hors de prix pour les scieurs wallons qui ne peuvent rivaliser avec les traders qui expédient les feuillus indigènes par containers entiers à destination de la Chine ou de l'Afrique du Nord.

Les différentes filières ne sont donc plus en mesure de s'approvisionner sur les marchés locaux et doivent importer le bois dont elles ont besoin, ce qui n?est économiquement pas supportable à moyen terme.

C'est en substance ce qu?il ressort de l'étude de Valbiom («facilitateur» wallon en matière de biomasse) commanditée par le cabinet de Jean-Marc Nollet, ex-ministre wallon en charge de l'Energie, selon laquelle «la Wallonie est d'ores et déjà largement importatrice nette de bois, toutes utilisations confondues. A niveau identique d'activités d'ici 2020, un potentiel supplémentaire d'utilisation de bois à des fins énergétiques serait donc inexistant, sauf en imaginant une augmentation de l'importation, une réduction des exportations et/ou une mobilisation de nouvelles ressources.»

Effet domino

Plus largement, c'est toute l'Europe du bois qui est en pénurie. De fait, tous les pays européens sont soumis à la même échéance. Ainsi, nos voisins allemands et, surtout, français sont confrontés aux mêmes problèmes. Et pour cause: Anglais, Italiens, Espagnols' et Belges puisent à grande échelle dans les ressources forestières françaises, par exemple. Mais si la forêt hexagonale est l'une des plus importantes et des moins exploitées d'Europe (environ 60% de taux de prélèvement), les ressources nécessaires au respect des échéances européennes s'avèrent en réalité difficilement mobilisables, en raison de difficultés d'accès ou du morcellement propre à la forêt française (près de 75% de propriétaires privés).

Dès lors, un constat s'impose: les instances européennes et les pouvoirs publics des différents états membre ont visiblement sous-estimé l'impact de leurs besoins.

Différentes études ont d'ailleurs pointé les écarts entre le volume de bois disponible pour la biomasse en Europe et la quantité nécessaire pour remplir les objectifs d'énergie renouvelable à l'horizon 2020. Selon les études, le gap oscillerait entre 230 millions de m3 (McKinsey 2007) et 400 millions de m3 de bois (FAO 2010).

Le risque est évidemment de répercuter cette pression sur les ressources des pays de la ceinture subtropicale, dont les forêts sont moins protégées que celles d'Europe ou d'Amérique du Nord. Ce qui abolirait de facto le caractère «durable» de cette ressource.

Autre paradoxe. En recourant massivement aux importations de bois pour répondre aux impératifs européens (comme c'est déjà le cas avec les pellets: 4,5 millions de tonnes importées d'Amérique du Nord et de Russie en 2012 et une consommation en augmentation constante), l'Europe risque de troquer une dépendance énergétique (celle qui la lie aux combustibles fossiles) par une autre: le bois et ses dérivés'

La question est éminemment délicate et mêle intérêts privés, publics et industriels, mais également d'importants enjeux stratégiques en termes de réduction d'émission de gaz à effet de serre.

A l'échelle wallonne un groupe de travail sur le Bois énergie organisé sous l'égide des différents cabinets concernés (Energie et Agriculture) a été mis sur pied et réunit une quarantaine d'acteurs issus des filières bois et énergie dans le but d'élaborer une stratégie régionale pour la biomasse-bois.

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