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Brésil: la gestion de l'eau ne coule pas de source

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Brésil: la gestion de l'eau ne coule pas  de source

Les crises de l'eau pourraient devenir monnaie courante dans les quarante prochaines années. De tels épisodes risquent d'affecter la production agricole, entre autres.

La flamme olympique a sans doute illuminé le quotidien de bon nombre de Brésiliens, mais une fois le flambeau transmis, à Tokyo en l'occurrence, les problèmes subsistent. Parmi eux, les pénuries d'eau dont souffre ce pays qui abrite pourtant 20% des réserves en eau de la planète.

Plusieurs éléments expliquent ce paradoxe comme la répartition inégale des ressources hydriques dans le pays ou la dégradation des zones entourant les bassins fluviaux, ou encore le changement climatique et la mauvaise qualité des infrastructures d'adduction d'eau. Cela fait beaucoup!

De plus, les secteurs qui sont les piliers de l'économie brésilienne sont aussi ceux qui dépendent le plus des ressources en eau. Ainsi, 62% de l'énergie produite est d'origine hydroélectrique, tandis que dans l'agriculture, autre secteur clé de l'économie nationale, l'irrigation représente 72% de la consommation d'eau du Brésil.

En cas de pénuries d'eau, la productivité de plusieurs secteurs économiques est donc menacée.

'En moyenne, plus d'un tiers de l'eau produite est perdue au Brésil.'

Cette problématique fait partie des aspects traités dans le nouveau «diagnostic-pays» effectué par la Banque mondiale, qui examine notamment comment ses ressources naturelles peuvent contribuer au développement économique du Brésil.

«Pendant quelques mois, avec les pénuries d'eau qui ont frappé São Paulo, on n'a pas su avec certitude si des industries telles que celle de l'aluminium, très consommatrice d'eau, allaient pouvoir assurer le même niveau de production qu'avant la crise», indique Gregor Wolf, responsable du programme de développement durable de la Banque mondiale au Brésil. Le rapport examine donc les principales caractéristiques de la gestion des ressources en eau du Brésil et examine les grands obstacles à surmonter pour instaurer un système durable et global.

Eau et forêts

Compte tenu des éléments scientifiques de plus en plus nombreux qui rendent compte de la déforestation, de la dégradation des forêts et de l'évolution du régime des pluies, le rapport avertit que les crises de l'eau pourraient devenir monnaie courante dans les quarante prochaines années. De tels épisodes risquent d'affecter l'approvisionnement en eau, la production agricole et la production d'électricité, entre autres activités. Mais l'étude souligne aussi le recul de la déforestation de l'Amazonie ces dernières années (82%) et l'adoption de réglementations qui, à l'instar du Code forestier, ont été mises en place pour soutenir la préservation des ressources naturelles dans les zones rurales. Ces avancées récentes font suite à des décennies de destruction. Elles s'accompagnent d'un besoin de contrôle continu de plus en plus grand pour veiller à ce que ces ressources ne soient pas perdues.

Dégradation

Par ailleurs, le Brésil est le deuxième plus grand exportateur de produits alimentaires au monde. Dans un pays où l'agriculture et l'agro-industrie représentent 8,4% du Pib, les terres irriguées ont augmenté de manière exponentielle au cours de la dernière décennie et on s'attend à ce que la consommation d'eau continue de croître. Dans le secteur énergétique, les centrales hydroélectriques continueront d'assurer la plus grosse part de la production d'électricité du pays, en dépit de la diversification des sources d'énergie programmée pour les deux prochaines décennies.

De son côté, l'industrie continue d'être un des principaux facteurs de dégradation de l'environnement au Brésil. Comme le rappelle le rapport de la Banque mondiale, les experts ont trouvé des effluents industriels, et notamment des métaux lourds, dans les eaux de surface de plusieurs zones métropolitaines. En d'autres termes, les eaux résiduaires industrielles continuent d'être rejetées sans traitement dans les cours d'eau. Des villes comme São Paulo et Recife, par exemple, ne disposent plus de sources d'eau potables à proximité et doivent s'approvisionner dans des bassins distants ou des forages. En outre, le développement de complexes industriels qui se profile à l'horizon, en particulier dans le Nordeste, pourrait avoir des conséquences durables sur l'environnement, avec notamment une aggravation de la pollution et de la concurrence qui s'exerce sur les ressources naturelles (l'eau principalement).

Des inégalités d'accès

Le rapport de la Banque mondiale note ensuite que le pourcentage des ménages disposant de sanitaires raccordés au réseau d'assainissement dans la tranche des 40% les plus pauvres a progressé de 33 à 43% entre 2004 et 2013. Il n'en reste pas moins que ce taux est encore inférieur à celui enregistré dans les classes plus aisées. En outre, si le taux d'accès à l'eau potable atteint globalement 82,5% à l'échelle nationale, le taux d'accès au réseau d'égout est de 48,6% tandis que 39% seulement des eaux usées sont effectivement traitées. Ce dernier point signifie concrètement que les polluants sont rejetés directement dans l'eau ou traités dans des fosses septiques non conformes, avec les conséquences que cela implique au niveau sanitaire.

Le rapport pointe également les fuites et les pertes considérables qui grèvent les performances d'un grand nombre de compagnies des eaux du pays - en moyenne, plus d'un tiers de l'eau produite est perdue -, ainsi que leur excédent d'effectifs et le niveau élevé de leurs frais d'exploitation. Le financement de ce secteur repose sur un système de tarification des services d'eau et de subventions croisées obsolète qui ne permet pas de fournir des services plus efficaces et durables. Résultat: les compagnies n'ont pas assez de capitaux pour étendre la couverture des services et renforcer les infrastructures pour qu'elles résistent mieux aux sécheresses, inondations et autres événements climatiques extrêmes. Quand on sait que ces derniers ne manqueront pas de se multiplier à l'avenir, il y a de quoi être inquiet.

Enfin, les auteurs du diagnostic insistent sur le fait que la qualité de vie des habitants les plus pauvres du Brésil est étroitement liée à la gestion de l'eau et des autres ressources naturelles, et plaident dès pour l'adoption urgente de mesures de préservation.

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