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Bureau d’études Greisch: 60 ans d’excellence

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Bureau d’études Greisch: 60 ans d’excellence

Le viaduc de Millau. La nouveauté structurelle de cet ouvrage réside dans la multiplication des pylônes supportant le tablier, système de fonctionnement encore non utilisé jusque-là.

Fondé en 1959 par René Greisch, un ingénieur et architecte visionnaire, le bureau Greisch fête cette années son soixantième anniversaire. Six décennies ponctuées de projets spectaculaires, tant en Belgique qu’à l’étranger, et marquées par une maîtrise magistrale de l’art de bâtir. 

Si la renommée du bureau d’ingénierie Greisch auprès du grand public doit beaucoup au viaduc de Millau (2004) ou, plus récemment, au pont sur le Bosphore à Istanbul (2016), sa notoriété auprès des professionnels de la construction est bien plus ancienne. C’est en 1959 que René Greisch, ingénieur et architecte de formation, fonde à trente ans son propre bureau dans la région liégeoise. Il y dirige une petite équipe qui exerce ses activités dans le génie civil et l’architecture; la diversification caractérise déjà son activité. L’aventure s’accélère en 1974, lorsque le bureau Greisch, alors relativement inconnu, gagne un concours organisé par les entreprises pour la conception du viaduc de Vilvorde, qui est une des composantes du grand Ring de Bruxelles. 
 
Le pont suspendu Yavuz Sultan Selim, dont la travée principale court sur 1.408 m pour une longueur totale de 2.408 m. Les pylônes atteignent 320 m de haut. (© Greisch, Courtesy of ICA)

Sainte Trinité 

En s’associant avec Jean-Marie Cremer et Raymond Louis en 1984, René Greisch crée alors le Bureau d’Etudes Greisch tel qu’on le connaît aujourd’hui. A côté des nouvelles idées de René Greisch en matière de conception d’ouvrages, Jean-Marie Cremer apporte son savoir intuitif du fonctionnement des structures et des méthodes de construction. Il imagine de nouveaux systèmes ou perfectionne des méthodes de construction connues. Construire de grands ouvrages en procédant à leur assemblage dans les meilleures conditions de qualité de fabrication et de sécurité pour les hommes, et ensuite les mettre à leur place définitive par un déplacement global, telle sera la méthode de travail du bureau Greisch pour les grands ouvrages d’art. Parallèlement, Raymond Louis, autre précurseur, développe de nouveaux outils qui complètent les moyens de calcul et révolutionnent la conception des ouvrages d’art. 
Le bureau Greisch est ainsi parvenu à se situer à la pointe des compétences dans trois domaines essentiels et complémentaires: la conception générale des ouvrages, leur dimensionnement et la maîtrise de la réalisation à travers la connaissance des capacités des entreprises. Trois atouts qui lui ont permis de se lancer dans l’aventure de la réalisation des grands ouvrages d’art.
 
La passerelle sur la Meuse à Maastricht. Entièrement métallique, elle présente une longueur totale de 261 m et une largeur de 7,20 m. La travée principale d’une portée de 164 m est un bowstring avec arc unique central. (© J.L. Deru/Greisch)

Une réputation qui dépasse les frontières

En 1987, la réputation du bureau dépasse les frontières, suite à la réalisation du pont de Ben-Ahin, avec une mise en place par rotation. La visite de cet ouvrage, ainsi que de celui du pont de Wandre, par un groupe d’ingénieurs français mené par l’ingénieur Michel Virlogeux, entraîne un désir de collaboration et, par la suite, conduit le bureau Greisch à être appelé en France pour réaliser les études d’exécution de nombreux ouvrages. Après le décès de René Greisch en 2000, la société continue à se développer sous la direction de Jean-Marie Crémer puis de Clément Counasse. Elle prend un nouveau tournant de 2000 à 2004 avec la réalisation du viaduc de Millau. Le bureau sera dès lors fréquemment mandaté pour réaliser les études pour de grands projets à l’étranger comme le Grand Stade de Lille, la fondation Louis Vuitton et les Tours Duo à Paris ou encore la Tour Infinity au Luxembourg.
Mais le cœur des activités du bureau reste ancré en Belgique où on ne compte plus les projets prestigieux auxquels il a collaboré et ce, dans tous les domaines du génie civil: Liège Airport, les écluses de Lanaye, Ivoz-Ramet et Ampsin, les quais de Meuse à Liège et à Dinant, réaménagement des boulevards du centre à Bruxelles, le tram à Liège, le pont du Pays de Liège, les passerelles sur la Meuse à Maastricht, à Liège et à Namur, la gare de Liège-Guillemins, la Tour des finances à Liège, la Silver Tower à Bruxelles, le siège de John Cockerill à Seraing, les rénovations de la Paix-Dieu à Amay et de Kanal à Bruxelles, l’incinérateur de Wilrijk ou encore, tout récemment, l’Arc majeur sur la E411. Autant d’ouvrages qui ont largement contribué à façonner le paysage construit de ce pays.
 
Installation de l’Arc majeur à l’été 2019. Pour contrer les effets du vent, le grand arc est équipé d’un amortisseur dynamique accordé (ADA) placé à son sommet. Ce dispositif a fait l’objet d’études spéciales au sein du bureau Greisch, en partenariat avec l’ULg. (© J.L. Deru/Greisch)

Le bureau Greisch devient le groupe Greisch

Parallèlement, désireux d’accrocher d’autres cordes à son arc, le bureau Greisch s’est développé en acquérant de nouvelles entités comme Canevas (bureau d’architecture) en 2004 et le bureau bruxellois bgroup Infra en 2006, Neo-Ides, spécialisé dans la conception énergétique des bâtiments, suivra en 2015. Aujourd’hui, le bureau Greisch recense sept sociétés (GCE, BEG, bgroup, GI, Neo & Ides, Canevas et BGL), lesquelles emploient plus de 200 personnes. Il assure la majorité des études de conception de la stabilité des bâtiments, des infrastructures et des ouvrages d’art en passant par la conception énergétique et les équipements techniques ainsi que l’architecture. 

L’excellence naît de la collaboration

Implanté au cœur du parc scientifique de l’Université de Liège, dans un bâtiment conçu par René Greisch, cette localisation renforce le développement d’un des atouts du bureau: poursuivre des collaborations continues et étroites avec les chercheurs des universités (ULg, ULB et le Centre des Hautes Etudes de la Construction à Paris). Ce lien avec les universités, le bureau Greisch l’entretient depuis les années 1970. Le contact avec l’Université de Liège, par exemple, est permanent via les membres de son équipe qui y enseignent. Le suivi et l’encadrement des thèses permettent en outre de repérer les talents et de guider leurs recherches de fin d’études, d’accueillir des stagiaires qui, souvent, rejoindront l’équipe au terme de leur parcours académique et trouveront dans les réalisations du bureau les premières applications concrètes des domaines de recherche qu’ils ont explorés. «Et l’un de nos grandes fiertés est que la plupart de nos collaborateurs restent; il y a très peu de turn-over chez nous, preuve que les gens s’y sentent bien. Même à 200, on essaye de préserver l’ambiance familiale qui a toujours prévalu au sein du bureau», souligne Luc Demortier, directeur du pôle bâtiments et administrateur délégué du bureau d’études.
Si, à ce jour, le bureau n’a plus de lien familial avec son fondateur historique, c’est néanmoins toujours sa philosophie et son niveau d’exigence qui animent l’ensemble des collaborateurs. 
 
Luc Demortier est diplômé ingénieur civil des constructions de l’Université Catholique de Louvain. Il intègre le bureau Greisch en 1995 dans la cellule bâtiments dont il devient co-responsable en 2002. Depuis 2017, il est l’administrateur délégué du Bureau d’études Greisch.
 
 
Sur la base des expériences internationales du bureau, comment est perçue l'expertise des bureaux d'études belges et comment jugez-vous la manière dont on travaille ici par rapport à l'étranger?
 
L.D.: Si nous travaillons régulièrement sur de grands projets à l’étranger, ici, nous n’en sommes pas moins un «petit» bureau. Ceci dit, la Belgique n’a pas à rougir du niveau de formation de ses ingénieurs, il est excellent. On est même à la pointe en ce qui concerne les méthodes de calcul ou la R&D, entre autres grâce aux collaborations avec les universités. Quant à la manière de travailler, j’observe une grande différence dans la manière de considérer l’architecture. En France, par exemple, on la considère essentiellement comme un métier «créatif» alors qu’en Belgique on l’envisage plutôt sous l’angle de la résolution de détails techniques. 
 
On a parfois (souvent) stigmatisé le manque d'audace qui caractérisait l'architecture et le génie civil en Belgique (surtout dans la partie francophone du pays) depuis la seconde partie du XXe siècle comparé à ce qui pouvait se faire à l'étranger. Etes-vous d'accord avec ce constat? 
 
L.D.: Il est clair que nous ne pouvions pas nous prévaloir d’autant de projets spectaculaires que ce qui se faisait chez nos voisins, mais plus que d’un manque d’audace, je parlerais plutôt d’un manque de moyens. Quand on a été mandaté pour réaliser les études du Stade Roi Baudouin, dans l’optique de l’Euro 2000, nos confrères français commençaient la construction du Stade de France, qui est certes plus spectaculaire, mais qui a également coûté 6 fois plus cher! Et puis, voyons le côté positif des choses: l’absence de moyens pousse ingénieurs et architectes à se montrer plus créatifs. Ceci dit, aujourd’hui, il me semble qu’on se donne plus de moyens et plusieurs beaux projets sont en phase de réalisation tant à Bruxelles (le projet Kanal, la future tour «Loi 130», etc.) qu’en Wallonie où des villes comme Liège, Charleroi et Namur se redéveloppent de manière spectaculaire.
 
Si le viaduc de Millau ou le pont sur le Bosphore ont marqué les esprits, quel est le projet dont vous êtes le plus fier?
 
L.D.: Je ne peux qu’être fier de ces projets parce qu’ils étaient incroyablement spectaculaires et qu’ils ont contribué à nous faire connaître à l’international, mais aussi du grand public. Ceci dit, pour moi, les plus beaux projets sont ceux où les défis techniques se sont doublés d’une belle aventure humaine. A cet égard, la construction du Hall de Mons, entre 1999 et 2001, reste l’un des mes plus beaux souvenirs parce que c’était le premier chantier sur lequel j’ai eu la chance de collaborer avec René Greisch, le fondateur du bureau, qui allait décéder en 2000.

 

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