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Coronavirus & Construction à l’étranger

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Coronavirus & Construction à l’étranger

© Rock Cohen

En Belgique comme ailleurs, les entreprises du secteur de la construction, dans l’impossibilité de poursuivre leurs activités tout en respectant les règles de « distanciation sociale » en vigueur, ont massivement fermé leurs portes. Mais selon la situation sanitaire du pays ou les politiques menées par les gouvernements en place, toutes les entreprises du bâtiment ne sont pas logées à la même enseigne.
Petit tour d’Europe.

FRANCE

En France, les entreprises du BTP avaient très majoritairement cessé leurs activités, le télétravail et les mesures de distanciation sociale rendant la poursuite des chantiers littéralement impossible. C’est alors que, le 19 mars dernier, Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, a jeté un sérieux pavé dans la mare lors d’une interview sur LCI, en exprimant son désaccord avec la Capeb (la confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment) et son appel à cesser toute activité. Selon la ministre, « continuer de travailler est un acte civique » et « le secteur du bâtiment serait tout à fait en mesure de revoir son organisation pour s’adapter aux mesures sanitaires à respecter. » Des propos qui, sur le fond, traduisent une réelle méconnaissance du travail sur chantiers en même temps qu’ils contredisent les mesures de protection applicables à TOUS les travailleurs, et qui, sur le fond, ont choqué les acteurs de la filière par le ton culpabilisant utilisé à cette occasion.
 
Dans la foulée, un accord a finalement été trouvé, le 25 mars, entre plusieurs organisations représentatives du BTP français (FFB, Capeb et FNTP) et les autorités. Une reprise progressive des activités est désormais envisagée, peut-être à partir de la semaine suivante, dès que sera validé un « guide de bonnes pratiques » permettant d’encadrer les conditions dans lesquelles certains chantiers pourront être entamés ou poursuivis. 

Vers une reprise des chantiers ? Ce sera sans la maîtrise d’œuvre !

Mais tous les acteurs de la filière sont loin d’être sur la même longueur d’ondes et certains exécutifs locaux ont d’ores et déjà annoncé maintenir la suspension de leurs chantiers jusqu'à la fin du confinement, les conditions de sécurité n’étant pas garanties. 
Ces entreprises de construction ne sont d’ailleurs pas les seules à faire de la résistance en considérant que la santé de leurs collaborateurs vaut bien d’attendre que le plus gros de la crise sanitaire soit passée, les architectes français sont également montés aux créneaux. 

Le Conseil national de l'ordre des architectes et l'Union des syndicats français d'architectes (Unsfa), les deux plus importantes organisations représentatives des architectes, ont été les premières à contester l'idée d'une reprise des chantiers dans la précipitation.
« Nous refusons que les architectes soient pris en otage de décisions purement économiques au détriment des risques sanitaires actuels. Nous ne pouvons pas recevoir d’injonctions paradoxales : restez chez vous / reprenez les chantiers !!!! Poursuivre le travail sur les chantiers, c’est pour nous architectes, assurer une présence régulière et nous exposer nous-même, nos collaborateurs – et leurs proches – à un risque que nous ne maitriserions pas, sans matériels de protection disponibles (masques, gants), tenus à un suivi et une validation des travaux réalisés sous peine d’être après coup responsables d’éventuelles malfaçons », a fait savoir Jean-Michel Woulkoff, président de l’UNSFA, dans un communiqué cinglant.
 
D'autres acteurs de la maîtrise d'œuvre comme le Cinov (organisation représentative des métiers du conseil, de l'ingénierie et du numérique), Syntec ingénierie et l'Union nationale des géomètres-experts, leur ont emboîté le pas.

ITALIE

Les effets du Coronavirus s’abattent sur le monde italien du BTP comme dans le reste de la botte. Dans ce contexte, l’ANCE, la  principale association des entreprises du secteur de la construction, a pris acte de l’impossibilité de pouvoir poursuivre les chantiers en cours. C’est déjà le cas pour 70% d’entre eux environ. « Nous aurions voulu résister et continuer le plus possible mais la situation ne nous le permet pas », a expliqué Gabriele Buia, président de l’ANCE, déplorant un moment grave et inédit pour un des principaux secteurs de l’économie transalpine.
 
Reste à voir comment le secteur s’en remettra puisque, avant même l’actuelle crise sanitaire, l’ANCE ne cessait de dénoncer que « l'Italie est un pays à l'arrêt ». La fédération sectorielle réclamait d’ailleurs qu'environ 600 chantiers dans toute la péninsule, d'une valeur d'environ 50 milliards d'euros, soient débloqués au plus vite pour créer 550.000 emplois. Avec la crise, les investissements dans les infrastructures ont baissé de 51 % depuis 2007. Et 600.000 emplois ont été supprimés dans un secteur qui a perdu 120.000 entreprises.

La crise économique provoquée par l’épidémie de Coronavirus risque de provoquer de nouvelles faillites en cascade. 

ESPAGNE

Deuxième pays le touché d’Europe par l’épidémie de coronavirus, l'Espagne n'avait pas encore tout arrêté la semaine dernière, même si le secteur du BTP tourne au ralenti et se retrouve dans des situations parfois complexes. Les Espagnols ont fait le choix d'essayer de préserver un minimum d'activité économique. Ainsi, beaucoup de chantiers sont toujours en cours sur tout le territoire. Comme en France, les salariés peuvent continuer à se rendre sur leur lieu de travail, « et rien dans le décret royal relatif à l'état d'urgence ne permet de paralyser les activités de construction », a expliqué un cabinet d'avocats andalou au quotidien ABC.
 
Dans les faits, et en l'absence de consignes claires, les travaux peuvent être interrompus par l'entreprise… à condition qu'elle ait de bonnes raisons : si les salariés sont concernés par un confinement total ou partiel qui les empêche de travailler, ou s'il devient impossible de se fournir en matériel pour continuer les travaux par exemple.
Mais tout comme en France des voix comment à s’élever contre ce flou juridico-politique.
Ainsi, à Barcelone, la maire de la ville a exigé, dès le 17 mars, l'interdiction des travaux de construction. Rien de tel à Madrid, mais le 18 mars, le maire de la capitale a décidé de lancer une campagne d'inspections des chantiers. La police municipale procède désormais à des contrôles afin de vérifier que les recommandations sanitaires et les gestes barrières soient bien appliqués.
 
De leur côté, les représentants des architectes espagnols demandent au gouvernement un arrêt des chantiers pour préserver la santé de tous. Et ils pensent déjà à l'après. « Nous sommes l'un des secteurs qui comptent le plus, non seulement dans l'économie du pays mais aussi en nombre d'emplois directs et indirects », a déclaré le président du CGATE (Consejo general de la arquitectura técnica de Espana), Alfredo Sanz. « C'est pourquoi nous demandons un programme qui aidera à remettre à flot l'activité pénalisée par le coronavirus ».

SUISSE

Unia (le plus grand syndicat de Suisse, actif dans les secteurs de l'industrie, de la construction et des services privés) a exigé un arrêt technique et une fermeture de principe des chantiers dans le secteur de la construction. Selon lui, les mesures de protection de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) n'y sont pas respectées. Unia a envoyé à tous ses membres la liste de contrôle mise au point par le Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO), en collaboration avec l'OFSP et la Suva (Caisse nationale suisse d'assurance en cas d'accidents). Il a reçu le 23 mars 1.980 rapports de chantiers de toute la Suisse. 84% des rapports indiquent que la distance prescrite ne peut être respectée sur le lieu de travail. Par ailleurs, selon les trois quarts (74%) des rapports, les ouvriers de la construction n'utilisent pas leurs propres outils de travail et ne les désinfectent pas lorsqu'ils sont transmis. Et 72% soulignent que les installations sanitaires ne sont pas nettoyées régulièrement et qu'il manque de serviettes jetables et de savon en quantité suffisante.
 
Tous les rapports ont été transmis aux autorités cantonales et à la Suva, « qui sont en principe responsables de faire respecter ces exigences. Mais ce n'est cependant pas le cas », critique Unia, selon qui « par principe, les travaux sur les chantiers doivent être arrêtés. Les exceptions - pour les travaux socialement essentiels - doivent être décidées par les autorités en collaboration avec les partenaires sociaux. »
Les associations des entrepreneurs du Tessin, de Vaud et de Genève soutiennent elles aussi un arrêt généralisé des chantiers.

 

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