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Des ponts voûtés en Tanzanie

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Des ponts voûtés en Tanzanie

© Enabel

Entrer et sortir d’un village tanzanien peut être un vrai casse-tête, surtout lorsque celui-ci est bordé de la grande rivière Kaseke. Lorsqu’il pleut beaucoup, il est quasiment impossible de la traverser pour les villageois. Afin d’améliorer le transport des produits agricoles de la ferme au domicile ou au marché, Enabel (l’Agence belge de développement) a utilisé la technologie éprouvée des ponts en arc en pierre: utilisant des matériaux locaux moins coûteux que les techniques conventionnelles, cette technique permet d’améliorer davantage de routes rurales sans que les gouvernements n’aient à augmenter leur budget.

L’accès des communautés rurales aux écoles, hôpitaux et marchés ainsi qu’à leurs emplois dépend de la possibilité de traverser des rivières dangereuses. Aussi, une traversée sûre, tout au long de l’année, sur un pont en arc de pierre constitue l’un des fondements du développement durable.
 
La croissance et la dispersion de la population en Tanzanie mettent à rude épreuve les infrastructures de mobilité. Malheureusement, le gouvernement national a du mal à faire face à l’augmentation rapide de la demande et les projets d’infrastructure indispensables faisant appel à des techniques conventionnelles, comme l’acier et le béton armé, s’avèrent souvent très coûteux.

Les ponts en arc en pierre, une solution abordable

Les techniques de construction de ponts les plus couramment utilisées sont celles à base de béton ou d’acier, qui nécessitent un apport important de matériaux industriels et une faible quantité de main-d’œuvre. Or, dans les zones rurales de Tanzanie, l’utilisation de matériaux industriels est très coûteuse, alors que la main-d’œuvre est bon marché.
 
 
La technique de l’arc de pierre capitalise cette situation en recourant à des matériaux locaux aisément disponibles, tels que des pierres, du sable et de l’eau pour préparer le mortier, et du bois, et ce, dans un processus à forte intensité de main-d’œuvre. Cela se traduit en moyenne par une réduction de 80 à 85% des coûts de construction, ainsi que par une réduction de 50 à 80% des émissions de carbone grâce à l’utilisation moindre de ciment et d’acier d’armature par rapport aux techniques de construction traditionnelles.
 
Les ponts en maçonnerie évitent également certains des inconvénients des solutions conventionnelles, comme l’utilisation de ponceaux en acier ou en béton. Ces derniers se brisent non seulement souvent sur les mauvaises routes lors de leur transport depuis les centres industriels, mais, du fait de leur poids relativement faible, ils risquent également d’être emportés par les eaux lors d’inondations. Qui plus est, de tels éléments préfabriqués sont parfois volés : les gens les déterrent et essaient de les revendre pour gagner un peu d’argent.

Implication locale et communautaire

Enabel a impliqué le village et l’Agence tanzanienne des routes rurales (Tanzanian Rural and Urban Roads Agency, TARURA) en répartissant les responsabilités: le village fournit les pierres et le sable, TARURA assure la supervision et Enabel apporte un soutien technique. 
 
Si le budget annuel moyen de TARURA permet de financer 1 pont en béton par le biais d’une procédure d’appel d’offres public, ce même budget peut être utilisé pour en financer 5 en arc de pierre via un appel d’offres public, voire 10 si la communauté locale est mise à contribution.
 
 
Si le village participe en fournissant les pierres, le sable, l’eau et le bois, sa contribution la plus importante est néanmoins la mise à disposition de main-d’œuvre occasionnelle. La construction du pont n’est dès lors plus perçue comme une intervention du gouvernement, et donc pas une responsabilité locale, mais comme un bien communautaire qui requiert l’attention de la communauté tant avant que pendant et après la construction.

Transmission et regard vers l’avenir

Enabel a rédigé un manuel de construction et l’a traduit en swahili pour permettre à TARURA de l’utiliser.
Grâce à l’étroite collaboration avec les responsables de TARURA pendant le projet, la technique suscite de plus en plus d’intérêt. Elle a ainsi déjà été promue par le directeur national de TARURA et trois ponts en arc sont actuellement en cours de construction sans le soutien d’Enabel, qui se limite actuellement à la région nord-est de Kigoma. Dans la région de Kigoma, TARURA a également commencé la construction de 2 ponts en arc de pierre en dehors du projet d’Enabel.

Le projet en quelques chiffres

  • La Tanzanie compte quelque 55 millions d’habitant·es et connaît un taux de croissance annuel de 3 %.
  • La construction des ponts a commencé en 2018.
  • Objectif pour cette année: 70 ponts achevés
  • Ponts achevés à ce jour: 25
  • Ponts en phase avancée de construction: 19
  • Ponts en phase de planification: 8
  • Les portées des ponts vont de 1,1 à 31 mètres
  • Les budgets des ponts vont de 2.400 euros à 35.500 euros. Ils sont financés à 80 % par le projet d'Enabel et à 20 % par les contributions locales, qui sont généralement des contributions en nature telles que des pierres, par exemple.

Photos copyright: Enabel

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