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Du rififi entre les pouvoirs locaux et les négociants en bois

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Du rififi entre les pouvoirs locaux et les négociants en bois

Une commune forestière compte sur les rentrées financières de ses ventes de bois pour assurer l’ensemble des missions qui lui sont confiées. (© Bouillon.be)

Fin octobre 2018, la commune de Wellin organisait une vente de beaux bois en parc à grumes. Une décision qui n’a pas plu à la Confédération belge du bois, laquelle a décidé de purement et simplement boycotter la vente. L’Union des Villes et des Communes de Wallonie (Uvcw) ne décolère pas et parle même de communes «prises en otage par la Confédération belge du bois!».

Mais de quoi s’agit-il?

Le 29 mai 2018, la commune de Wellin avait organisé une première vente de beaux bois sur son propre parc à grumes (où sont exposées des bois de qualité). Cette initiative avait fait grincer les dents des négociants en bois, qui s’étaient néanmoins rendu à la vente pour éviter une trop grosse dépréciation des lots – vu que les arbres étaient abattus – mais avaient menacé de mener des actions lors de la vente d’automne à Wellin. «Cette initiative individuelle du propriétaire communal mais aussi du gestionnaire (le Département Nature & Forêts de la Région wallonne) entraîne un mécontentement du secteur à l’heure où la filière bois wallonne et singulièrement les scieries feuillues rencontrent des difficultés importantes d’approvisionnement en grumes. Mais aussi parce que l’objectif avoué des gestionnaires et des vendeurs est de vendre ces bois directement aux trancheurs et mérandiers étrangers pour tenter d’en obtenir un meilleur prix, au détriment des scieurs locaux», déclarait alors la  Confédération belge du bois, qui a donc mis ses menaces à exécution en boycottant la seconde vente.

Les grumes de la discorde

L’Uvcw tient, bien entendu, un tout autre discours. «La vente de beaux bois par les communes permet à celles-ci de valoriser les plus beaux arbres au lieu de les vendre en mélange dans un lot.» Et accessoirement, de se passer d’un intermédiaire: les négociants en bois, en s’adressant directement aux transformateurs. Ou pire, à des acheteurs étrangers, les Chinois, par exemple, étant friands de belles grumes de feuillus wallons… «Les arguments avancés par la  Confédération belge du bois, comme la valorisation directe à l’étranger, ne tiennent pas la route puisque les bois vendus en mai l’ont été à des acheteurs belges… De plus, ce type de vente ne menace absolument pas le secteur puisque dans le cas de Wellin la vente du mois de mai (32 grumes) ne représente même pas 1% des ventes annuelles de la commune. De plus, Wellin fait partie des communes les plus promptes à mettre des lots en vente de gré-à-gré pour aider les scieurs wallons à avoir du bois. Belle reconnaissance de la part du secteur!»

Une insupportable intrusion

Du côté de la Confédération belge du bois, on considère que, en organisant de telles ventes, propriétaires et/ou gestionnaires forestiers reprennent les compétences du secteur de l’exploitation forestière dont une des activités principale est de trier les bois pour en rechercher le meilleur usage en fonction de leur qualité et des différents types de marché. «Les exploitants forestiers et exploitants-scieurs valorisent au mieux toutes les qualités de bois et non uniquement les plus beaux bois, voire les plus belles parties d’un bois, ce qui permet aux propriétaires d’obtenir la meilleure valorisation pour tous leurs bois. Par ailleurs, nous sommes persuadés que procéder à des coupes ciblées - en ne se focalisant que sur les beaux bois - n’est pas rentable pour les propriétaires forestiers. Sans oublier que ça entraîne de facto une dévalorisation des autres lots (qui ne comportent alors plus que des grumes de moindre valeurs) qu’on laisserait gentiment à nos membres», s’insurge François De Meersman, secrétaire général de la Confédération belge du bois.

Pour la Confédération belge du Bois, en organisant des ventes de beaux bois, les, propriétaires forestiers reprennent les compétences du secteur de l’exploitation forestière.
(© Le blog de Nassogne - Sudinfo.be)

Une expérience pilote qui ne fait pas l’unanimité

Les pouvoirs locaux ont beau jeu de rappeler que René Collin, le ministre wallon de la Forêt, a, lui-même, décidé d’instaurer une expérience pilote pour ce type de vente dans un parc à grumes à Tenneville, en province de Luxembourg, sur base de ce qui se fait en France depuis plusieurs années. La première vente organisée dans le cadre de ce projet doit avoir lieu en février 2019. L’expérience pilote doit normalement s’étendre sur cinq ans, à charge pour l’Office économique wallon du Bois de mener une étude de rentabilité objective.

«Dans cette optique, la démarche des négociants est un véritable chantage à l’attention des pouvoirs locaux qui souhaiteraient, sur base de leur autonomie locale, essayer de telles ventes déjà bien développées en France.»

Des propos qui n’émeuvent pas plus que ça la Confédération belge du bois, qui rappelle que le secteur s’est engagé auprès du ministre à n’intenter aucune action de protestation pendant toute la durée de l’expérience pilote. «Mais la vente organisée par la commune de Wellin est une initiative individuelle qui sort totalement du cadre fixé par le ministre. Et à ce titre, nous ne pouvions l’accepter», souligne François De Meersman.

L’Union des Villes et des Communes de Wallonie rappelle néanmoins «qu’une commune forestière compte sur les rentrées financières de ses ventes de bois pour assurer l’ensemble des missions qui lui sont confiées. La Confédération belge du bois le sait très bien et s’en sert comme moyen pour faire du chantage. Les représentants du secteur doivent absolument abandonner ce genre de pratiques et lever les menaces de boycott pour rester un interlocuteur fiable et légitime avec lequel il est possible et envisageable de négocier.» Ambiance. «Nous ne désirons aucunement prendre les communes et leurs citoyens en otages. Nous avons d’ailleurs contacté la commune de Wellin en vue d’une concertation… sans jamais obtenir de réponse», rétorque François De Meersman.

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