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Fairwind: autant en emporte le vent

Fairwind: autant en emporte le vent

© Innovatech

Le parc éolien belge ne cesse de croître et embellir. Mais si notre parc est essentiellement constitué de turbines de grande puissance pour alimenter les collectivités,  il peut aussi s'envisager de manière plus modeste, à destination de Pme ou d’exploitations agricoles. La société Fairwind a précisément fait de l’éolien «moyen» son core business.

La Wallonie dispose d'un potentiel de production d'électricité à partir d'énergie éolienne non négligeable. Mais, avec une densité de population parmi les plus élevées d'Europe, l'espace disponible pour y implanter des turbines est limité. C'est une des raisons pour lesquelles les pouvoirs publics privilégient les éoliennes de grande puissance. Il n'en reste pas moins que, dans certaines zones dégagées, isolées et bien exposées au vent, l'implantation d'une éolienne de moindre puissance est tout à fait pertinente, particulièrement pour les agriculteurs, grands consommateurs d'électricité. Cependant, la faisabilité d'un tel projet nécessite une évaluation approfondie qui doit être menée au cas par cas par des professionnels. En Région wallonne, on ne recense qu’une entreprise réellement spécialisée dans ce qu’on appelle (de manière quelque peu inappropriée) le «petit éolien»: l’entreprise Fairwind qui, dans ses installations de Fleurus, conçoit, fabrique et commercialise des éoliennes à axe vertical de 10 à 50 kW.

Des savoir-faire complémentaires

Philippe Montironi venait de revendre avec fruit sa société spécialisée dans le bombage de verre et désirait investir une partie de ses bénéfices dans les énergies renouvelables. Yves Debleser, ingénieur civil en mécanique, diplômé de l’Université Polytechnique de Mons et issu d’un groupe industriel français spécialisé dans l’électricité, ambitionnait de construire une éolienne à axe vertical de petite puissance, simple d’utilisation, fiable et 100% recyclable. Leur rencontre, en 2007, constitue l’acte de naissance de Fairwind.

«Nous avons tâtonné pendant deux bonnes années sans que les résultats ne nous donnent satisfaction», se remémore Philippe Montironi, désormais administrateur délégué de la société. La société engage alors deux passionnés: Jean-Yves Bottieau, également ingénieur civil en mécanique de la Polytech, qui avait fait son stage chez Fairwind et dont le mémoire portait sur l’éolien, et Olivier Grammont, ingénieur polytechnicien français expert en électricité et électronique. Dès ce moment, le processus de conception connaît une fameuse accélération jusqu’à la sortie du premier prototype que les concepteurs décident d’aller tester sur le site expérimental pour le petit éolien de Narbonne (Sepen), le premier site de tests indépendant pour l’éolien de petite puissance en France. «Sur ce site, on mesure scientifiquement la courbe de puissance de la machine et on s’assure que les puissances que vous avancez sont correctes», souligne Philippe Montironi. Sur cette base, Fairwind entame la production de ses premières machines à Fleurus, sur le site de Fleurinvest, une entreprise créée par un ancien associé de Philippe Montironi et désormais partenaire du projet.

Après 3,5 millions d’euros d’investissement en fonds propres et 5 années de recherche et développement, la première machine labellisée Fairwind sort des ateliers de Fleurus.La société peut passer à l’étape supérieure. Pour ce faire, elle s’étoffe d’un cinquième membre en la personne de Renaud Croughs, licencié en sciences éco de l’Ucl, qui rejoint Fairwind en 2012 en tant qu’administrateur et directeur commercial.

Plus on consomme, plus vite on se rembourse

Fairwind conçoit et fabrique des machines de 10 et 50 kW de puissance pour les exploitations agricoles, les Pme, les collectivités et l’industrie. Les services proposés vont de la fourniture de l’éolienne en kit au service complet clé en main. «Malgré le fait que je me sois lancé dans cette activité pour proposer des produits qui pourraient aider les Pme, l’essentiel (85%) de notre clientèle est néanmoins composée d’exploitations agricoles, les entreprises constituant le solde. Pour une raison assez simple: certains types d’exploitations agricoles (élevage, laiteries, etc.) ont une consommation quasi permanente. Résultat: leur consommation sur une base annuelle est comprise entre 60.000 et 100.000 kWh! Dès lors, quand on vient leur proposer d’économiser environ 35% de leur consommation pour un investissement d’environ 100.000 euros amortissable en 6 ou 7 ans (sans tenir compte des avantages fiscaux), ils sont très intéressés. En revanche, les Pme ont une approche plus financière et ce type de produit n’est pas leur priorité», déplore Philippe Montironi. Vu l’explosion des prix de l’électricité au cours des deux dernières années et celle attendue pour 2017, il est toutefois possible que les Pme commencent à s’intéresser au concept.

Seul fabricant belge d’éoliennes de petite puissance

Une des spécificités – et un des points forts – des éoliennes produites par Fairwind est qu’elles sont à axe vertical. En l’occurrence, leurs pales tournent autour de leur mât, contrairement aux éoliennes dites «classiques» ou «danoises» qui tournent à l’horizontal devant un mât. «Les avantages de l’axe vertical sont qu’il n’y a pas de système d’orientation au vent, que les éoliennes sont mieux adaptées aux vents turbulents à plus faible hauteur, qu’elles génèrent beaucoup moins de nuisances sonores et visuelles et peuvent donc prendre place plus facilement dans l’environnement à proximité des habitations», énumère Philippe Montironi. Ce dernier point est sans doute vrai, mais cela n’empêche pas de nombreux mandataires locaux de refuser le permis d’urbanisme dès lors qu’il est question d’une éolienne… Le même syndrome Nimby qui retarde également l’implantation des parcs éoliens.

Dommage car Fairwind a véritablement soigné son concept et propose des produits de qualité: un mono-mât en acier galvanisé à chaud de 18 ou 32 m figé dans un socle en béton armé pour résister aux vents violents, des pales en aluminium de 9 à 14 m de long 100% recyclables ainsi qu’une structure autoportante sans hauban, etc. «Quasi tous les composants sont fabriqués en Belgique, hormis les alternateurs qui viennent d’Allemagne ou de Finlande.»

A l’heure actuelle, la société développe deux machines: la F100-10 qui produit environ 36.000 kWh/an et la F180-50 qui produit près de 107.000 kWh, moyennant une vitesse moyenne annuelle de vent de 5,5m/s, «ce qui est une moyenne tout à fait raisonnable pour un pays comme le nôtre.»

Seul fabricant belge d’éoliennes de petite puissance, Fairwind a déjà installé quinze éoliennes, principalement en Wallonie, et peut tabler sur une dizaine de commandes fermes pour 2017, «dont deux machines de 50 kWh montées sur des mâts de 35 m dont il n’existe aucun exemplaire en Belgique et relativement peu en Europe.»

Désormais, forte d’un produit qui a fait ses preuves, l’entreprise est prête à passer à la vitesse supérieure. Dans cette optique, elle espère que le Gouvernement wallon accordera au «petit éolien» l’attention qu’il mérite. On parle notamment de l’installation d’éoliennes de petit puissance sur les aires d’autoroute. Un dossier qui, s’il se concrétise, pourrait permettre à Fairwind de se développer et de fournir des emplois verts non délocalisables.

Adie Frydman

www.fw4sea.com

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