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«Il faut que l’intelligence reste l’élément central de notre engagement»

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«Il faut que l’intelligence reste l’élément central de notre engagement»

© Benedicte Maindiaux

La Chronique donne la parole à un(e) CEO ou dirigeant(e) actif/ve dans le secteur belge de la construction au sens large. Cette semaine, c’est au tour de David Roulin, CEO de ArtBuild Architects, de répondre à nos cinq questions.

1. Intelligence artificielle, réalité virtuelle, énergie issue de l’hydrogène, drones, big data, impression 3D, etc. Quelle est, selon vous, la nouvelle technologie qui aura le plus grand impact sur votre entreprise dans les années à venir ? 

Depuis 30 ans, les technologies ont énormément impacté notre métier. C’est le jour et la nuit entre les années 90 et aujourd’hui, même si ça s’est fait de manière progressive. Et globalement, les technologies ont amélioré nos outils de travail, contribuant positivement à la qualité de nos prestations. Pour autant, le métier d’architecte reste un métier de perception, d’empathie, de compréhension du génie du lieu ou encore de psychologie. Et aucune machine n’est dotée de ces qualités car cela relève strictement de la sensibilité humaine. Ce que l’architecte arrive à traduire, au travers de son art, est difficilement quantifiable. Sans compter que notre métier consiste à esquisser les contours de nouveaux paradigmes, à anticiper les besoins des générations futures. L’architecte est donc un chercheur, un explorateur même. Chaque projet est un prototype, mais aussi une opportunité, celle de créer de la valeur profitable à l’humain, profitable à la planète. 
Néanmoins, le métier d’architecte traite une multitude de données et de paramètres interconnectés. Dans ce sens, le Big Data nous permet de mieux appréhender l’ensemble de ces informations de manière simultanée et coordonnée, ce qui est aussi une garantie de qualité. 

2. Vers quel métier de la construction les jeunes doivent-ils, aujourd’hui, orienter leur formation pour s’assurer une carrière intéressante et bien rémunérée dans le secteur de la construction : coffreur, menuisier, plombier...ou plutôt planificateur ou ingénieur ?

Il y aura toujours des métiers pour tous les types d’intelligence: stratégique, pratique ou encore théorique. Mais la question à se poser est «quels sont aujourd’hui les métiers attractifs ?».
Cette génération qui est née avec une tablette dans la main se tourne de moins en moins vers des métiers pénibles et astreignants. En ce sens, les nouvelles technologies représentent une opportunité pour le monde de la construction, où la robotique va prendre de plus en plus de place. Si la construction bois bénéficie aujourd’hui d’un nouvel essor, c’est notamment grâce aux robots qui favorisent la construction hors-site, c’est-à-dire la préfabrication en atelier. Je peux donc concevoir que les jeunes sont plus excités à l’idée d’organiser, manipuler et paramétrer la robotique au sein d’une entreprise de construction bois plutôt qu’à être sur un chantier dans des conditions parfois difficiles.
Il y a aussi l’exemple de l’entretien des façades, qui a toujours été compliqué et pour lequel on a inventé de nombreux systèmes alambiqués pour l’optimiser. Aujourd’hui, on nettoie les façades des grands immeubles avec des drones. Il y a donc toute une série de métiers liés à l’utilisation de la robotique qui peuvent être beaucoup plus attractifs pour les jeunes. 

3. La crise du coronavirus vous a-t-elle appris quelque chose que vous ignoriez sur votre entreprise ?

La crise a révélé une capacité de résilience assez inattendue. Juste avant le confinement, nous n’aurions jamais imaginé produire tout ce que nous avons produit en télétravail. En ayant été mis devant le fait accompli, nos équipes se sont immédiatement adaptées. La productivité sur l’ensemble de cette période n’a que très marginalement été altérée, bien que les conditions étaient moins confortables pour ce qui concerne le pilotage des équipes qui reste fondamentalement une tâche de contact humain. Nous tirons en tous cas énormément d’enseignements et de bonnes pratiques de cette expérience. Nous sommes désormais beaucoup plus flexibles et réactifs, notamment grâce aux technologies. 

4. Quelle est, selon vous, la plus grande menace pour votre entreprise/secteur ? La concurrence étrangère, la pénurie de personnel qualifié, les coûts salariaux ? Autre chose ?

Le plus grand danger pour le secteur est de se laisser emporter par cette course effrénée à la consommation rapide et peu qualitative. Il faut que l’intelligence et le bon sens restent les éléments centraux de notre savoir-faire et de notre engagement. Nous avons une responsabilité collective de ce point de vue car l’acte de construire fait intervenir de multiples intervenants. 
Pour notre entreprise, le plus grand danger c’est de ne pas savoir se remettre en question et de ne pas anticiper les changements qui vont s’imposer à elle. Un autre danger est de se perdre en courant plusieurs lièvres à la fois. Il faut savoir se concentrer sur nos domaines d’expertise et ne pas essayer d’être présent là où on n’est pas attendu. C’est d’ailleurs une de nos réussites ces dernières années: nous nous sommes recentrés sur des activités sur lesquelles on nous reconnait une véritable valeur ajoutée.

5. Les bâtiments sont-ils encore construits pour l'éternité ou leur attribuera-t-on bientôt une date d’expiration ?

Cela fait très longtemps que l’on ne construit plus pour l’éternité. D’une manière générale, on construit des bâtiments de plus en plus pauvres au niveau qualitatif. Les bâtiments qui ont plus de 20-30 ans sont pour la plupart obsolètes, même à Bruxelles. C’est scandaleux de voir qu’un bâtiment comme le Parlement Européen n’est plus adapté à son usage. Au fond, c’est fort de ce constat et par défaut qu’un des enjeux du développement durable aujourd’hui est la rénovation des bâtiments. La démarche Cradle to Cradle qui consiste à faire des déchets les nutriments de nouveaux matériaux va dans ce sens du réemploi.
Il faut donc construire aujourd’hui des bâtiments non pas qui deviennent obsolètes, mais des bâtiments qui peuvent muter, changer d’affectation, ou être démontable pour pouvoir en recycler les matériaux constitutifs. C’est un des atouts de la construction bois. 
En ce qui concerne les bâtiments publics, je continue de penser qu’ils doivent montrer l’exemple. Ils sont les étendards de notre degré de civilisation, ils doivent être audacieux, intelligents, pérennes, respectueux de leur environnement et provoquer un sentiment de fierté auprès des habitants.
 

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