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«Il y aura bientôt une pénurie de vrais professionnels passionnés»

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«Il y aura bientôt une pénurie de vrais professionnels passionnés»

"Je pense qu’il y aura bientôt dans notre secteur une pénurie de vrais professionnels, des personnes passionnées par exemple par la menuiserie, la plomberie ou l’électricité. Des personnes qui essayent de fournir corps et âme un travail de qualité." - Davy Demuynck, CEO d'ION.

© ION

Davy Demuynck, CEO d’ION, nous livre sa vision du secteur. Il pointe notamment le conservatisme de la construction et de l’immobilier ainsi que les problèmes liés aux permis d’urbanisme en Belgique. Mais l’avenir s’annonce selon lui excitant, malgré la peur de perdre la passion qui anime les travailleurs du secteur. 

1.    Intelligence artificielle, réalité virtuelle, énergie de l’hydrogène, drones, big data, impressions 3D, etc. Quelle nouvelle technologie influencera selon vous le plus votre entreprise dans les années à venir ?  

Je crois fermement en la Proptech, la technologie pour le secteur immobilier. C’est pourquoi nous investissons également dans AMAVI, le premier fonds Proptech européen. Proptech est the next best thing dans le secteur immobilier. Celui-ci reste très conservateur. Le renommé McKinsey Global Institute a déjà mené une étude intéressante à ce sujet et comparé différents secteurs entre eux. Les secteurs de l’immobilier et de la construction ont été épinglés comme faisant partie des pires élèves de la classe. Cela fait trop longtemps que nous opérons de la même manière. Dans les années à venir, le processus de construction en particulier sera beaucoup plus efficace.  Aujourd’hui, la construction d’un projet moyen prend entre 18 et 36 mois. Ce sera beaucoup plus rapide à l’avenir grâce, par exemple, à l’utilisation accrue d’éléments préfabriqués. Des salles de bain entières quitteront directement la chaîne de production pour être chargées sur le camion de livraison. La construction prendra moins de temps. Sur le chantier, seuls des éléments préfabriqués seront assemblés. Une solution gagnant-gagnant pour tout le monde. Moins de nuisances pour le quartier, moins de circulation sur la route, emménagement plus rapide de l’acheteur dans sa nouvelle maison, etc.

2. Quel métier de la construction les garçons et les filles devraient-ils choisir à l’école pour s’assurer une carrière intéressante et bien rémunérée dans le secteur de la construction : coffrage, menuiserie, plomberie… ou plutôt programmeur ?  Et pour quelle raison ?

 Je suis convaincu que chacun(e) doit choisir une discipline qu’il/elle aimera exercer plus tard, et pas tellement celle qui lui permettrait de gagner beaucoup d’argent. Bien sûr, l’informatique et la technologie sont des options intéressantes, mais tout le monde n’est pas obligé de devenir programmeur. Je pense également qu’il y aura bientôt dans notre secteur une pénurie de vrais professionnels, des personnes passionnées par exemple par la menuiserie, la plomberie ou l’électricité. Des personnes qui essayent de fournir corps et âme un travail de qualité. Le Belge a une brique dans le ventre et il veut de la qualité. Le bon professionnel, quel que soit son métier, aura toujours du travail.

3. Qu’est-ce que la crise du coronavirus vous a appris sur votre entreprise (dont vous n’étiez pas conscient auparavant) ?

Ce que la crise du coronavirus m’a appris, c’est qu’en tant qu’entrepreneur et dirigeant d’entreprise, vous devez constituer suffisamment de réserves financières pour ne pas vous retrouver immédiatement en difficulté en cas de tempête. Je suis même effrayé de voir à quel point les réserves financières dans certaines entreprises sont restreintes. Bien que nous ayons heureusement réussi à surmonter la crise, je suis devenu encore plus conscient de l’importance d’avoir des économies en cas d’urgence. Le coronavirus nous rendra encore plus attentifs que d’habitude à cet élément.

4. Quelle est selon vous la plus grande menace pour votre entreprise / secteur (concurrence internationale, manque de personnel qualifié, coûts salariaux, etc.) ? Et pour quelle raison ?

Le problème majeur pour notre secteur est l’incertitude qui plane sur la procédure du permis d’urbanisme et sa très longue durée. Cela prend trop de temps avant de pouvoir démarrer une construction. Et cela pose un véritable problème. La Belgique possède l’un des plus vieux parcs immobiliers d’Europe. Une maison a en moyenne 65 ans chez nous, et il y a seulement 1% de nouvelles constructions qui s’ajoutent au parc chaque année. Cela signifie qu’à ce rythme l’ensemble de notre parc ne sera entièrement renouvelé que dans 100 ans. La grande majorité de nos bâtiments sont trop anciens, ne répondent plus aux normes que nous nous imposons, ne sont pas durables, etc. Souvent, ces maisons ne sont plus bonnes que pour être démolies. Les projets de grande envergure peuvent améliorer cette situation, mais si la procédure du permis d’urbanisme prend tellement de temps, cela constitue une grande menace. Le besoin en logements de qualité dans notre pays est énorme, surtout dans les villes. Une politique de permis d’urbanisme saine pourrait accomplir des merveilles.

5. Construisons-nous encore pour l’éternité ou est-ce que les bâtiments…seront prochainement dotés d’une date d’expiration ? Et pour quelle raison ?

En fait, nous n’avons jamais construit pour l’éternité. C’est plutôt le contraire qui s’est passé. Nous démolissons des bâtiments que nous avons construits il y a 50 ans. Et quant aux bâtiments que nous concevons aujourd’hui, nous nous demandons déjà ce que nous ferons de leur seconde vie. Nous construisons de manière plus modulaire et pensons davantage à l’avenir qu’auparavant. Tel est l’avenir : un bâtiment parfaitement démontable et pouvant être déplacé ailleurs sans difficulté. Nous observons déjà les tout premiers précurseurs de cette tendance aux Pays-Bas, où ils peuvent, par exemple, déplacer un immeuble à appartements en bois de 16 étages. Fondamentalement, cela revient à utiliser moins de béton. Vous ne pouvez pas emporter avec vous du béton armé coulé en place, car c’est trop lourd et pas durable de surcroît, alors que le bois est de ce point de vue plus durable et tourné vers l’avenir. Une entreprise comme Finch Buildings aux Pays-Bas est pionnière dans le domaine.
 

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