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Industrie transformatrice:  un potentiel d'économies d'énergie gigantesque

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Industrie transformatrice:  un potentiel d'économies d'énergie gigantesque

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La Commission européenne a récemment présenté un ensemble de mesures destinées à accélérer la transition de l'Europe vers une économie à faible intensité de carbone, dans tous les secteurs.

Les nouvelles propositions émises par la Commission se situent dans le cadre plus large des objectifs contraignants visant à réduire d'au moins 40%, d'ici à 2030, les émissions de gaz à effet de serre de l'Union par rapport aux niveaux de 1990. D'après les spécialistes, c'est le moment idéal pour parler des gains possibles d'énergie et d'émissions de gaz à effet de serre au sein de l'industrie de transformation. 

Les propositions récentes fixent à l'UE des objectifs contraignants de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour la période 2021-2030 dans les secteurs non couverts par le système d'échange des quotas d'émission (Seqe) de l'Union que sont les transports, la construction, l'agriculture, les déchets, l'utilisation des terres et le secteur forestier. Ces objectifs nationaux aboutiront collectivement à une réduction globale de 30% pour l'UE dans les secteurs mentionnés et s'inscrivent dans le cadre de l'initiative lancée l'an dernier pour une Union de l'énergie résiliente dotée d'une politique visionnaire en matière de changement climatique. Dans cette optique, quelles stratégies adopter pour atteindre les objectifs fixés aux secteurs couverts et non couverts par le Seqe? 

Plaidoyer pour un meilleur environnement bâti 

Le bâtiment est indéniablement le secteur qui offre le plus de possibilités de réaliser des économies d'énergie. Il est communément admis que le secteur du bâtiment représente 40% de la consommation finale d'énergie et plus d'un tiers des émissions de CO2 de l'Union européenne. Les nouveaux bâtiments nécessitent généralement moins de 3 à 5 litres de mazout par mètre carré et par an pour le chauffage, contre 25 litres environ en moyenne pour les bâtiments plus anciens. Pour certains anciens bâtiments, ce ratio peut atteindre les 60 litres. Or, à l'heure actuelle, près de 35% du parc immobilier de l'Union européenne a plus de 50 ans. Améliorer l'efficacité énergétique des bâtiments pourrait donc permettre de réduire la consommation d'énergie totale dans l'UE de 5 à 6% et de diminuer les émissions de CO2 d'environ 5%.

Dans ce total de consommation, les ménages représentent pratiquement un quart de la consommation d'énergie finale de l'UE. Les spécialistes estiment qu'un seul investissement économiquement viable dans l'isolation des bâtiments (amorti sur 10 ans maximum) pourrait aider à réduire la consommation annuelle d'un ménage de 500 m3 de gaz naturel ou de 1 tonne de charbon. La modernisation thermique d'environ 3,5 millions de vieux foyers énergivores équipés de systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation obsolètes permettrait de réaliser chaque année des économies de gaz naturel d'environ 1 milliard de m3 de gaz naturel et de 1,6 million de tonnes de charbon.

L'industrie de transformation pourrait s'inspirer du secteur du bâtiment

L'industrie transformatrice a de nombreux points communs avec le secteur du bâtiment, en termes de stratégies de réduction de la consommation d'énergie et des émissions de CO2. De même, la clé de la durabilité réside dans des solutions viables qui réduisent les coûts d'exploitation en limitant la déperdition de chaleur et donc, la demande finale en énergie. Pour quels gains possibles' La Fondation européenne de l'isolation industrielle (EIIF) fournit des éléments de réponse dans son dernier rapport «Retour sur investissement rapide pour la protection climatique: des économies potentielles d'énergie et d'émission de CO2 grâce à l'isolation des industries dans l'Europe des 27». Le rapport couvre plusieurs études de cas où des audits énergétiques Tipcheck ont été réalisés. Pour rappel, le label Tipcheck développé par l'EIIF est un outil informatique qui permet de calculer les déperditions d'une mauvaise isolation, mais aussi les retours sur investissement de potentiels travaux. Ce logiciel est complété par une équipe de professionnels indépendants qui se déplace chez les industriels pour réaliser des diagnostics énergétiques. Cela permet ensuite aux fabricants de proposer des travaux d'isolation adaptés aux besoins des industriels.

Ainsi, exemple parmi d'autres, dans une usine de produits chimiques de France, 30 vannes et 35 réservoirs de stockage sur toit non isolés causaient chaque année une déperdition de chaleur inutile de 12.600 MWH au total. Pour un investissement de l'ordre de 100.000 euros couvrant l'audit, l'installation de l'isolation et les coûts des matériaux, l'entrepreneur a pu réaliser près de 40.000 euros en économies d'énergie la première année et un peu plus de 500.000 euros les années suivantes. Soit un retour sur investissement de deux mois et demi seulement?

Une «petite» mise qui peut rapporter (très) gros

Selon le rapport de l'EIIF, on peut considérer que 10% ou plus des équipements dans les infrastructures industrielles ne sont pas isolés correctement ou présentent une isolation endommagée. De plus, le niveau de l'isolation installée est souvent fondé sur une décision d'investissement minimum.

Dès lors, si les directeurs d'usines à travers l'UE envisageaient des solutions économiquement viables, comme l'isolation des surfaces nues à des niveaux rentables et la réparation des isolations endommagées dans le secteur industriel, il serait possible d'économiser chaque année environ 620 pétajoules (pj) d'énergie et de réduire les émissions de CO2 de 49 mégatonnes (mt)! Pour donner un ordre de grandeur, 620 PJ équivalent aux besoins énergétiques annuels de 10 millions de foyers' Quant au potentiel annuel de réduction de CO2 de 49 Mt, il équivaut aux émissions de CO2 de 18 millions de voitures parcourant en moyenne 12.500 kilomètres par an.

Dès lors, pourquoi hésiter? Parmi les freins relevés par l'EIIF l'un des plus importants concerne l'organisation de certains industriels qui séparent d'un côté le service maintenance et de l'autre le service environnement-énergie. Par ailleurs, les différents interlocuteurs ne partagent pas toujours les mêmes préoccupations et les mêmes budgets. La Fondation a donc décidé de convaincre les directeurs d'usine en les prenant par le portefeuille sur base d'une étude d'Ecofys (un bureau de conseil international dans le domaine de l'énergie durable et du climat) qui a démontré que, à l'échelle européenne, 3,5 milliards d'euros seraient perdus chaque année dans l'industrie en raison d'une mauvaise isolation. Or, pour améliorer cette performance, il ne faudrait investir «que» 900 millions d'euros. C'est cette parole qui est désormais portée.

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