Suivre La Chronique

Inquiétude chez les grands entrepreneurs

Inquiétude chez les grands entrepreneurs

null

L'Adeb, qui fêtera ses 80 ans l'année prochaine, représente les 60 plus grandes entreprises de la construction et du génie civil en Belgique. Elle a chargé la Vub d'une étude sur l'impact des entreprises de grands travaux sur l'économie belge. Les chiffres sont aussi élogieux qu'éloquents alors qu'en toile de fond se dessine l'inquiétude de bon nombre de ces entreprises à propos de la continuité de leurs activités.

Quelques fondements d'abord: les 60 entreprises membres de l'Adeb (Association des entrepreneurs belges de grands travaux) réalisent un chiffre d'affaires de 9 milliards d'euros, soit 15% de celui du secteur de la construction. Elles représentent aussi 17.000 emplois directs ou 8% du personnel employé dans le secteur. Quant au nombre d'emplois indirects liés aux activités des membres de l'Association, il est estimé à quelque 43.000 postes. Ce n'est pas rien! C'est aussi une bonne raison pour s'interroger sur l'impact des entreprises de grands travaux sur l'économie belge. D'où l'étude confiée à des chercheurs de la Vub qui ont ventilé cet impact en valeur ajoutée brute, nombre d'emplois créés, investissements et effet-retour via les taxes et impôts.

A court terme, il apparaît que 1 euro investi dans des travaux de construction rapporte environ le double à l'économie locale. Exemple: 100 millions d'euros investis dans le secteur génèrent 87,64 millions d'euros de valeur ajoutée, 1.200 équivalents temps-plein, 19,4 millions d'investissements d'euros supplémentaires et 18,34 millions d'euros de rentrées publiques.

De plus, l'effet d'un investissement de 100 millions d'euros se poursuit en moyenne sur 3 ans, particulièrement pour les projets d'infrastructure. Ensuite, afin de maintenir l'effet à long terme, il convient d'alimenter suffisamment le pipeline de projets. Autrement dit: l'irrégularité des investissements en travaux publics a tendance à casser l'effet multiplicateur. Il est donc important d'investir de manière constante et régulière, ajoute l'étude. Aucun doute à ce sujet!

Un fameux effet de levier

L'étude montre également que les travaux d'infrastructure engendrent un effet de levier supérieur à celui de la production résidentielle par exemple. C'est ainsi que 100 millions investis dans des travaux d'infrastructure entraînent 97,68 millions de valeur ajoutée, 1.304 équivalents temps-plein, 24,79 millions d'investissements supplémentaires et 23,09 millions de rentrées publiques.

Les experts de la Vub ont ainsi estimé qu'en 2014, les dépenses publiques en travaux d'infrastructure (rail, routes, voies navigables) se sont élevées à 1,5 milliard d'euros générant quelque 4,7 milliards d'euros de valeur ajoutée, 19.560 équivalents temps-plein, 1.465,2 milliards de valeur ajoutée brute, 371,9 millions d'investissements complémentaires et 346,3 millions de recettes publiques.

Et pourtant. Considérant que les dépenses liées au rail devraient diminuer d'environ 7,5% en 7 ans par rapport à 2012, qu'aucun nouveau grand projet de route ou de voie d'eau ne devrait voir le jour et que les pouvoirs publics semblent réticents à l'idée de lancer de nouveaux grands projets d'infrastructure, la Vub estime la diminution des dépenses d'infrastructure à 930 millions d'euros entre 2014 et 2019. Conséquences: perte de 3.292 équivalents temps-plein, diminution de 908,4 millions d'euros de valeur ajoutée, de 230,6 millions d'investissements et de 214,7 millions de recettes publiques. Comme le conclut Marc Peeters, président de l'Adeb, «à la lecture de cette étude, il est clair qu'à court terme, l'effet de levier d'un euro investi dans la construction est largement supérieur à l'effet de levier d'un euro investi dans n'importe quel autre secteur. Relancer les investissements publics est donc le moyen de plus efficace de relancer l'économie belge».

Comment souffle le vent (du boulet')

Par ailleurs, l'Adeb a également pris le pouls de ses 60 entreprises membres. S'il fallait résumer le sentiment général en un mot ce serait l'inquiétude tant il est vrai que les effets de la crise économique et financière se font à présent sentir dans le secteur des grands travaux. Ainsi, 68% des patrons se disent inquiets quant à l'avenir de leur entreprise à moyen terme. En 2014, ce taux était encore limité à 36%. De même, 27% des patrons sont modérément confiants et seuls 5% tout à fait confiants.

La source principale des préoccupations' La concurrence sur les prix (65%), suivie par le manque d'investissements publics (57%), le coût et la pénurie de main-d''uvre qualifiée (24%), la sécurité sur les chantiers (23%) et les retards de paiement (19%).

Mauvais scénario en cinq actes

Pour la concurrence sur les prix, le problème n'est pas neuf, mais exacerbé. Les appels d'offres publics sont principalement attribués au «moins-disant», ce qui exerce une forte pression sur les prix, entraînant à son tour un taux élevé de sous-traitance. Le dumping social et les tarifs pratiqués dans certains pays européens ne laissent que peu de place aux entrepreneurs belges. Ainsi, si le coût horaire moyen d'un ouvrier soumis aux cotisations sociales belges est de l'ordre de 36 euros de l'heure, celui d'un ouvrier détaché est de l'ordre de 25 euros de l'heure.

De même, la forte diminution des investissements publics fédéraux et régionaux, les reports, les étalements de chantiers ont un impact direct sur les entreprises de grands travaux. A telle enseigne que certaines d'entre elles annoncent un carnet de commandes limité à 30 jours.

Quant à la pénurie de main-d''uvre qualifiée, elle est devenue un problème chronique. Certains métiers tendent carrément à disparaître, note l'Adeb, mettant en péril un savoir-faire belge dans le secteur de la construction.

Restent la sécurité sur les chantiers où il reste un long chemin à accomplir et les délais de paiement, particulièrement dans le secteur public, qui ont été fortement allongés ou souffrent de lourds retards mettant la pérennité des entreprises en péril.

Six angles d'attaque

«Entre la pression sur les prix et la chute de 32% des investissements publics, 10.000 emplois pourraient disparaître» avertit Didier Cartage, directeur général de l'Adeb. En effet, les premiers effets de la diminution des commandes enregistrée en 2014 commencent à se faire sentir. Si, l'an dernier, 24% des patrons estimaient devoir licencier du personnel au cours des 12 mois suivants, en 2015, ils sont 32% dans ce cas. Un pourcentage identique d'entreprises devrait maintenir un statu quo de son personnel alors que 23% devraient recruter et 13% souffrent d'emplois restés vacants faute de main-d''uvre qualifiée.

'La Vub estime la diminution des dépenses d'infrastructure à 930 millions d'euros entre 2014 et 2019.'

Si on les interroge sur les solutions permettant d'assurer la continuité des investissements publics, les grands patrons belges de la construction dégagent 6 pistes (par ordre décroissant d'importance): une vision politique à long terme en matière de travaux publics (54%), un financement de projets via des PPP (38%), la recherche de financements alternatifs (32%), la réduction structurelle des dépenses publiques courantes (24%), l'intervention du secteur privé (24%) et la mise en 'uvre du Plan Juncker (13%).

Une priorité

La qualité des ouvrages est une des priorités des membres de l'Adeb. Selon différentes études, une mauvaise exécution concerne encore 5 à 10% des chantiers. L'Association a dès lors identifié 5 causes majeures qui affectent la qualité des ouvrages et dont tous les intervenants de l'acte de construire sont responsables. Il s'agit de la pression sur les délais, de l'absence de sens des responsabilités, du manque de savoir-faire, du manque de communication et des problèmes d'organisation interne et externe.

Une autre piste qui permettrait d'améliorer la qualité des ouvrages réside dans l'utilisation des outils BIM (Building Information Modelling), selon l'Adeb. En gros, le BIM désigne à la fois un ensemble structuré d'informations sur un bâtiment et un processus collaboratif de conception et de construction d'édifices et d'infrastructures. Il a notamment l'avantage d'éviter les conflits de conception avant la construction. Aussi, l'Adeb élabore-telle, en collaboration avec les bureaux d'études, les architectes, les organismes de contrôle et les facility managers un protocole commun définissant les devoirs et obligations des différents intervenants. Le but est ensuite de le présenter aux maîtres d'ouvrage publics et privés pour en assurer son utilisation et favoriser le développement du BIM en Belgique.'

Nous vous recommandons

Jan De Nul franchit de nouvelles étapes pour le parc éolien en mer de TPC à Taïwan

Jan De Nul franchit de nouvelles étapes pour le parc éolien en mer de TPC à Taïwan

Le groupe Jan De Nul a installé quatre câbles d’exportation entre le parc éolien en mer et le rivage. Il a également modernisé la sous-station pour pouvoir connecter le premier parc éolien[…]

MariMatic remporte la mise à Amsterdam avec son système de collecte automatique des déchets

MariMatic remporte la mise à Amsterdam avec son système de collecte automatique des déchets

Les propositions de Build Europe pour stimuler la construction dans une Europe post-Covid

Les propositions de Build Europe pour stimuler la construction dans une Europe post-Covid

Marchés publics: trucs et astuces pour l’introduction de prix corrects

Marchés publics: trucs et astuces pour l’introduction de prix corrects

Plus d'articles