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L'Adeb entre succès et écueils

L'Adeb entre succès et écueils

Didier Cartage, directeur général de l’Adeb: «Bien définir le mode collaboratif au départ évite les problèmes lors de l’exécution et épargne à l’entreprise générale d’avoir à réparer les pots cassés».

© xavierportela.com

Poids plumes ou mouches, poids légers, poids lourds, le secteur de la construction est une mosaïque d’entreprises et de métiers. Si les deux premières catégories sont majoritaires, la troisième, incarnée par l’Adeb, s’adjuge 15% du chiffre d’affaires annuel du secteur avec 9,5 milliards d’euros en 2018. Et porte souvent l’excellence du savoir-faire constructif belge urbi et orbi.

Si la bonne santé des 65 majors membres de l’Adeb (Association des Entrepreneurs belges de grands Travaux) transparaît clairement dans son Baromètre annuel (voir La Chronique n°20 en page 6), leur quotidien est aussi jalonné d’obstacles. Au-delà des leitmotivs de la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, des sous-investissements publics (même si la barre se redresse quelque peu), du manque de vision coordonnée et pérenne en matière d’infrastructures publiques (*), ou encore de la concurrence sur les prix, Didier Cartage, directeur général de l’Adeb, dresse un portrait limpide d’autres préoccupations globales des entreprises de grands travaux.

LTS ou liste des tâches standard

L’Adeb a mis en place, en avril dernier, avec l’Ori (Organisation des bureaux d'ingénieurs-conseils, d'ingénierie et de consultance) et le G30 (association d’architectes) une liste des tâches standard traçant les différentes étapes d’un projet. Ces dernières sont listées dans une matrice avec leurs exécutants potentiels. Elle permet de vérifier si toutes les tâches répertoriées ont bien été attribuées. Quant aux tâches non reprises dans la liste, mais indispensables à la réalisation du bâtiment, elles peuvent être rajoutées par le ou les maîtres d’ouvrage et attribuées à une des parties prenantes. La LTS peut être utilisée à la fois pour les marchés publics et privés.
De quoi définir dès le départ qui fait quoi dans le cadre de l’exécution du marché. Avec les avantages suivants: rémunération plus juste en fonction des tâches, retards d’exécution évités, responsabilités plus claires. A noter que cette démarche se différencie du Bim, également collaboratif, par le fait que ce dernier est une méthode d’exécution.
Reste à présent à sensibiliser les maîtres d’ouvrage, pouvoirs publics, promoteurs immobiliers et autres. D’autant que la LTS génère un climat de confiance entre les «utilisateurs» alors que les modèles de travail sont de plus en plus juridiques, souligne à juste titre M. Cartage. La LTS est disponible sur le site de l’Adeb.


Un manque de vision coordonnée et pérenne en matière d’infrastructures publiques. (©Vincent Duterne)

Marchés publics: perte d’équilibre

Autre préoccupation globale des entreprises de grands travaux, le partage équitable des responsabilités dans les projets publics. On constate de plus en plus un glissement de ces dernières vers les entreprises en raison, notamment, d’une difficulté à gérer les projets de la part du pouvoir adjudicateur. Les prises de risques inconsidérées, la spéculation ternissent la qualité d’une relation entre un maître d’ouvrage et une entreprise, relation qui est pourtant primordiale. «Il faut un équilibre contractuel, insiste l’Adeb, surtout dans les grands projets qui sont de plus en plus cadenassés. Ce déséquilibre se traduit aussi par ce qu’on pourrait nommer les «grandes études inutiles», pour paraphraser l’émission «Les grands travaux inutiles» de la Rtbf dans les années 80. Le projet Neo est un cas d’école: déjà 10 ans, un énorme travail de fond des entreprises (études,…), de l’argent publics gaspillé, un projet lancé sans soutien et sans vision à long terme.
Sans oublier le Banana Syndrome (Build Absolutely Nothing Anywhere Near Anything: ne construisez rien nulle part près de quoi que ce soit). Les dossiers de la prison de Haren ou du RER en sont des exemples.
Ici aussi, l’Adeb prend le devants en proposant un document qui identifie 10 facteurs-clés pour une collaboration réussie entre les pouvoirs publics et les partenaires privés dans des projets complexes DF(F)(M)(O)/PPP.

Echelle de performances CO2

Aujourd’hui, chantier doit aussi rimer avec durabilité. Les entreprises de grands travaux s’y emploient. Pas le choix. La «CO2 prestatieladder» en vigueur aux Pays-Bas a notamment les faveurs de l’Adeb . Cet instrument de RSE (responsabilité sociétale des entreprises) certifiable, qui récompense les entreprises ayant une politique volontariste en matière d’émissions de CO2, présente de nombreux avantages. Il les encourage non seulement à connaître et à réduire leur consommation énergétique et leurs émissions de CO2 et, le cas échéant, elles peuvent être récompensées par des offres sous la forme de rabais (fictif) sur le prix de l’enregistrement.
Le système, qui concerne les projets publics, fonctionne avec succès depuis 10 ans avec Prorail chez nos voisins du Nord où il a concerné plus de 3.00 marchés publics. Mieux encore, il a un effet multiplicateur, est parfaitement chiffrable et a généré de 100 à 180 millions d’euros d’avantages sociétaux de 2009 à 2017.
L’Adeb plaide donc pour un tel système dont les gains – sociaux et sociétaux – seraient d’autant plus conséquents que les projets sont grands. L’association a donc initié une démarche dans ce sens en 2016. La phase de définition de 25 projets pilotes (supérieurs à 4 millions d’euros) dans les 3 Régions est en cours, la Wallonie étant la locomotive de ce projet qui devrait fonctionner selon les mêmes règles dans l’ensemble du pays, rappelle l’Adeb.

More than building

Mais marchés publics, bonnes pratiques, durabilité, équilibre des forces ne seraient rien sans le capital humain. Sans surprise, la 3e grande préoccupation majeure réside dans le manque structurel de collaborateurs qualifiés et de profils techniques. Alors que la Confédération Construction mène une campagne de séduction envers les jeunes ouvriers, l’Adeb a lancé la campagne «More than Building» visant à initier des vocations et à promouvoir la diversité des métiers et les opportunités qu’offre le secteur de la construction. La variété est de mise parmi les grandes entreprises de construction, qui représentent plus de 76.000 emplois directs et indirects en Belgique. En 2018, ce secteur comptait ainsi plus de 1.500 postes vacants dans l’ensemble des métiers.
L’approche de la campagne tient compte de la recherche de valeur de la part des jeunes au sein des entreprises, explique M. Cartage. D’où l’existence d’une charte de responsabilité sociétale. «Ce texte formalise nos engagements, actuels et futurs, sur trois axes spécifiques: assurer le bien-être de nos collaborateurs, dialoguer avec la société et innover durablement».


Un manque structurel de profils techniques.(© Skanska Panasonic)

Bref, si les chantiers ne manquent pas, les préoccupations non plus. Surtout si on y ajoute les défis auxquels sont confrontées les entreprises: intégration technologique, disparition du savoir-faire, lutte contre le dumping social, entre autres. Or, ces entreprises façonnent et améliorent notre cadre de vie dans tout ce qui touche à notre quotidien: mobilité, santé, travail, justice, loisirs, habitat, éducation,… C’est dire si ces métiers offrent des perspectives, des réalisations visibles et évoluent avec leur époque. A condition de rééquilibrer les règles du jeu dans certains domaines.

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