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La construction en bois en Belgique: chronique d'une résurrection

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La construction en bois en Belgique: chronique d'une résurrection

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Il y a environ 6.000 ans, les premières habitations européennes furent bâties à partir de pieux de bois enfoncés dans le sol et supportant une charpente de toiture. Les espaces entre les pieux étaient garnis d'un torchis fait de branches entrelacées et de baguettes, recouvert d'argile malaxée avec de la paille et de la bouse. Par la suite, la construction en bois a connu de multiples développements techniques avant de progressivement disparaître de nos régions à partir de la fin du XVIIe siècle.

Moyen-âge

L'immense majorité de notre paysage bâti est alors constituée de chaumières construites en bois, terre et chaume selon la technique du «pan de bois», plus communément appelée «colombages». De nombreux ouvrages à travers le pays témoignent encore de ce mode de construction même si leur structure de bois ne se laisse voir qu'en leur pignon car les murs gouttereaux en façade ont souvent été enduits pour satisfaire aux modes ultérieures. Cette technique de construction utilise des madriers de bois comme structure portante de l'édifice et de l'enduit formé d'un torchis mélangeant argile et paille. Cet enduit est appliqué sur une vannerie ligneuse, sorte d'armature de joncs tressés appelé «cléonage». Cependant, les bâtisses dites d'exception abritant les seigneurs et le clergé vont progressivement s'ériger en pierres. La motivation est essentiellement de se protéger contre les ennemis et autres bandes de pillards qui sévissent fréquemment à cette époque.

Renaissance

Jusqu'ici le bois d'œuvre est abondant et est même exporté par voie de flottage en Hollande pour participer à la fabrication de la 1ère flotte d'Europe. Cependant, une surexploitation anarchique de ce patrimoine forestier entraînera progressivement une raréfaction du matériau bois. Ceci sera confirmé par de nombreuses ordonnances promulguées par les autorités publiques visant à rationaliser l'utilisation du bois dans les constructions.

En réponse à l'évolution que connaît le bois d'oeuvre, l'Homme dans son ingéniosité va adapter les techniques de colombage afin de pouvoir intégrer davantage de bois court et de différentes sections. Le but sera de rationaliser autant que possible l'utilisation de cette matière première en tirant parti au mieux, de l'ensemble du tronc et des branches. La technique, va donc s'affirmer en resserrant les pièces de bois de l'ossature et ainsi faire des économies de bois long.

L'autre facteur important est le risque d'incendie qui poussera également les édiles communaux à promulguer différentes lois limitant, ou même interdisant, d'édifier des maisons en colombage. Aussi, à Namur, l'interdiction de construire en bois est officialisée dès 1680 et s'assortira, en 1708, d'une obligation de reconstruire en dur au moins dix maisons par an. Cependant, dans d'autres régions comme Malmédy, la destruction par le feu de la ville en 1689 n'a aucunement remis en cause la pratique du colombage.

C'est d'ailleurs plutôt à tort qu'on incrimine le pan de bois comme responsable des incendies. En effet, l'utilisation de toitures en chaume conjuguée à un habitat urbain qui ne cesse de se densifier, permettait une propagation foudroyante des incendies.

Temps Modernes

Le 18e siècle confirmera l'apparition d'une classe bourgeoise plus riche et désireuse d'afficher ses acquis sociaux en adoptant à son tour un modèle de construction en pierres et briques jusqu'ici réservé à l'aristocratie et au clergé. Et, si le colombage structure toujours le bâtiment, il sera recouvert d'un enduit minéral mis en oeuvre de telle sorte qu'il donne l'apparence d'un mur de pierres; Seul le pignon latéral dévoile encore son pan de bois. Et c'est ainsi que le colombage devient l'architecture du pauvre. D'anciens bâtiments sont même «modernisés» pour satisfaire au goût du jour. Le colombage apparent est alors recouvert d'enduits. Ce qui ne va pas sans causer d'intenses migraines aux historiens de l'architecture et aux responsables de la commission du patrimoine: en effet, lors d'une restauration de ce genre de bâtiment modifié, doit redécouvrir l'ancien colombage ou, au contraire, conserver et restaurer l'enduit'

Au siècle suivant, la situation de notre patrimoine forestier ne s'améliore pas, et pour cause: d'une part les résineux introduits dans nos régions à la fin 19e sont massivement utilisés en bois de mine, d'autre part, l'industrie naissante ainsi que le chemin de fer mettent sérieusement en péril la réserve de bois d'œuvre.

Le manque de bois et le phénomène de mode lient de plus en plus la pierre et la brique à une certaine idée de modernisme; le bois, lui, est relégué au rang de matériau archaïque.

L'industrialisation en pleine expansion accélèrera encore le processus en permettant la fabrication de nouveaux matériaux tels que la brique usinée ou la fonte, aidée en cela par un réseau de transports amélioré.

Bien sûr, selon les régions, ces facteurs ont joué différemment. La Famenne, par exemple, gardera la tradition du «pan de bois» jusqu'à la fin du 19e avant de céder à la mode de la brique. Les deux raisons principales en sont: l'isolement de cette région par rapport aux voies navigables permettant l'acheminement de matériaux modernes et la pauvreté de son sous-sol en pierres à bâtir.

Par contre, en région Limoneuse comme dans le Tournaisis, une suite déjà ancienne de défrichement a entraîné une pénurie de bois. Là, la généralisation de la brique serait intervenue dès le 16e siècle.

Epoque contemporaine

Après une éclipse de près de trois siècles, le bois est devenu ces dernières années un élément de construction à part entière, et plus seulement pour les charpentes et les aménagements intérieurs. Ainsi, le nombre de maisons à ossature bois (près de 90% des constructions bois) ne cesse de croître. Et si les 8% de maisons en bois édifiées chaque année en Belgique ne pèsent rien à côté des 2 millions de maisons en bois construites annuellement en Amérique du Nord ou du parc immobilier scandinave constitué à 90% de maisons en bois, c'est un début encourageant, sachant qu'il y a une quinzaine d'années on ne construisait quasiment pas en bois, hormis des chalets pour des résidences de vacance, et qu'en France, pourtant l'un des pays les plus boisés d'Europe, la construction en bois n'excède pas 15%.

Pour inverser la tendance, il a fallu la double conjonction d'une situation environnementale de plus en plus problématique et la mise au point de techniques de production et d'entretien qui ont fait du bois un matériau concurrentiel. Dans ce contexte, les atouts dont peut aujourd'hui se prévaloir le bois en font clairement un matériau d'avenir.

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