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«Le Cradle to Cradle et la construction modulaire représentent les solutions vers lesquelles le secteur doit se tourner»

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«Le Cradle to Cradle et la construction modulaire représentent les solutions vers lesquelles le secteur doit se tourner»

"Nous devons profondément repenser la manière dont nous pouvons exploiter les énergies renouvelables pour les rendre encore plus efficaces"

© Wim De Wulf

Deuxième épisode de notre série "Parole aux CEO": Alexandre Huyghe, CEO de Revive, nous parle notamment de l'importance grandissante que doivent prendre le Cradle to Cradle et la construction modulaire pour le secteur.

1. Quelle nouvelle technologie influencera selon vous le plus votre entreprise dans les années à venir ?  

Toutes les technologies permettant d’accélérer la transition énergétique continueront de nous mettre au défi ces prochaines années. Avec ou sans crise du coronavirus, le changement climatique progresse. Les combustibles fossiles doivent impérativement faire place aux sources d’énergie renouvelables telles que les pompes à chaleur et les panneaux solaires. Mais ce n’est pas tout : remplacer les systèmes énergétiques ne suffit pas. Les économies et les stockages d’énergie devront également être optimisés dans les années à venir. Pensons par exemple à la récupération de la chaleur résiduelle des processus de production dans les usines. Dans le meilleur des scénarios, ce système est également relié aux zones résidentielles avoisinantes afin de réduire au mieux les pertes énergétiques. Nous devons donc profondément repenser la manière dont nous pouvons exploiter les énergies renouvelables pour les rendre encore plus efficaces, et ce, dans des micro-réseaux à l’échelle des quartiers. Enfin, nous pourrions effectuer des ajustements à l’aide d’algorithmes ou de l’intelligence artificielle en vue de maximiser la récupération énergétique.

2. Vers quel métier du bâtiment les jeunes doivent-ils aujourd’hui orienter leurs études pour s’assurer une carrière intéressante et bien rémunérée dans le secteur de la construction ?  

Un bon ingénieur est quelqu’un qui maîtrise autant la logistique et les concepts que la technique d’un processus de production. Je suis dès lors convaincu que les futurs ingénieurs doivent davantage se concentrer sur les processus de production, notamment des réseaux de chaleur. Les techniciens devront quant à eux faire l’effort inverse : développer une perspective plus globale. Nous ne réussirons cette transition énergétique qu’avec l’aide d’ingénieurs ayant acquis une grande expérience sur le terrain. Ceux-ci doivent donc plus que jamais être capables de collaborer avec des techniciens. C’est là un autre défi pour notre système éducatif actuel : nous devons nous affranchir de la répartition entre exécutants et décisionnaires et nous diriger davantage vers un système d’apprentissage dual où techniciens et ingénieurs apprennent de manière intensive les uns des autres.

3. Qu’est-ce que la crise du coronavirus vous a appris sur votre entreprise (que vous ne saviez pas déjà) ? 

Les grands gagnants de cette crise sont les entreprises pionnières dans leur secteur. Pensons par exemple à des détaillants tels que Coolblue et Zalando, ou encore à la KBC qui mise fortement sur son application bancaire. Ces entreprises avaient une longueur d’avance sur la concurrence. Elles avaient déjà largement numérisé leurs processus commerciaux et possédaient une culture d’entreprise capable de faire face aux changements. La crise du coronavirus ne nous a également pas épargné. Cela dit, le développement de projets étant un secteur imprévisible et dynamique par essence, nos équipes étaient dans une certaine mesure préparées. Elles étaient déjà formées pour trouver des solutions efficaces et fiables dans des circonstances inattendues. Nos collaborateurs avaient l’habitude de travailler à domicile et de participer à des réunions online. Ces compétences nous ont aidés au cours des derniers mois.

4. Quelle est selon vous la plus grande menace pour votre entreprise/secteur ?

Il est incontestable que la transition énergétique représente un coût important, ce qui risque de rendre l’investissement global des potentiels investisseurs coûteux. Cela dit, il est également important de comprendre que le coût global pour l’utilisateur final sera encore bien plus élevé si nous ne nous concentrons pas dès à présent pleinement sur une construction basse énergie. N’oublions pas non plus que cette technologie offre de nombreuses possibilités à long terme. Consentir d’importants investissements dans la durabilité en amont permet à terme de réduire considérablement le coût d’utilisation de votre habitation. Par exemple, une bonne isolation se traduit par une réduction des coûts de chauffage. Il en va de même pour l’emplacement de votre habitation : vivre plus près d’un centre-ville permet de moins utiliser votre voiture et de franchir plus facilement le cap vers une mobilité plus écologique. Je pense en outre que le prix des constructions basse énergie diminuera à mesure que ces dernières gagneront en popularité. Les panneaux solaires en sont un bon exemple : il y a une vingtaine d’années, ils étaient inabordables pour le Belge moyen, alors qu’aujourd’hui, leur prix a déjà considérablement baissé. 

5. Les bâtiments sont-ils encore construits pour un usage durable ou auront-ils bientôt une date d’expiration ?  

Il est important que nous construisions des bâtiments capables de s’adapter aux changements et aux défis futurs mais cela implique évidemment qu’ils ne restent pas éternellement figés. Je pense que le Cradle to Cradle et la construction modulaire constituent la solution. En effet, ils permettent à nos bâtiments d’évoluer dans le temps et l’espace. Dans le cadre de nos projets de reconversion, nous nous efforçons de toujours intégrer cette philosophie : la possibilité de maintenir les bâtiments « à jour » en quelque sorte. Nous devons appliquer la dynamique d’un smartphone, sur lequel des mises à jour logicielles sont constamment effectuées, aux habitations de demain, c’est-à-dire créer la possibilité d’améliorer continuellement les bâtiments. La notion de « date d’expiration » n’aura alors selon moi plus aucune raison d’être. 
 

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