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Le secteur de la construction à l’épreuve du coronavirus

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Le secteur de la construction à l’épreuve du coronavirus

À l’image de l’Italie où tous les chantiers sont bloqués, et les projets à l’arrêt, la France se prépare à entrer en quarantaine pour limiter la propagation du coronavirus.

Il faut au moins reconnaître une chose au coronavirus : il affecte tous les secteurs sans distinction. Mais celui de la construction, pour ce qu’il représente en termes d’emplois et de contribution à l’économie du pays, fait l’objet de toutes les attentions. Et s’il est encore trop tôt pour mesurer les conséquences de la pandémie sur le secteur, nul doute, qu’à l’instar de tous les autres, il payera un lourd tribut humain, social et financier à cette crise sanitaire sans précédent. Les autorités en sont bien conscientes : elles ont donc adopté un certain nombre de mesures pour aider les entreprises affectées par le coronavirus.

La Confédération Construction se satisfait de voir que le gouvernement fédéral – désormais doté des pouvoirs spéciaux – a réagi promptement et a pris un certain nombre de mesures afin d'aider les entreprises durant cette crise du coronavirus.  
 
Les entreprises de construction risquent d'être encore plus affectées que les autres par cette crise. Parmi les 203.685 travailleurs de la construction à la fin du deuxième trimestre 2019, l'on comptait 156.438 ouvriers et 47.247 employés. Sachant que le télétravail est tout bonnement impossible pour les ouvriers de la construction, la Confédération se réjouit donc de l'introduction du chômage temporaire pour raisons économiques ou force majeure. Ainsi, les entreprises de construction touchées par la crise du coronavirus ne doivent pas licencier d'employés, elles peuvent les mettre au chômage temporaire jusqu'à ce que l'épidémie soit passée. En espérant que ce soit rapide… 
 
La Confédération Construction demande toutefois au gouvernement fédéral d'ouvrir la possibilité de chômage temporaire pour force majeure à toutes les entreprises de construction qui souhaitent suspendre leurs activités, pour deux raisons
  • si l’entreprise décide de suspendre le chantier car elle ne peut plus garantir la sécurité, la main-d’œuvre ou l’approvisionnement en matériaux ;
  • si le maître d’ouvrage décide de suspendre le chantier.  
Actuellement, deux options coexistent : le chômage temporaire pour force majeure (pour lequel on doit apporter la preuve) et le chômage temporaire pour raisons économiques (uniquement dans les limitations actuelles, à savoir maximum 4 semaines pour les ouvriers suivi d'une reprise du travail obligatoire). 
 
Par ailleurs, l'organisation sectorielle apprécie également les autres mesures prises, comme celle permettant aux indépendants d'accéder au «droit passerelle» s'ils doivent suspendre leur activité pendant plus d'une semaine à cause du coronavirus. Il s'agit ici de l'ancienne «assurance faillite» qui s'élève pour le moment à 1.266 euros par mois pour une personne isolée et à 1.582 euros pour un indépendant avec personne à charge. En outre, les entrepreneurs touchés pourront reporter leurs paiements au fisc et à l'ONSS.

Accord entre les quatre grandes banques pour des mesures de soutien aux entreprises

Selon des informations relayées par le journal L’Echo (17 mars 2020), les quatre grandes banques du pays (Belfius, BNP Paribas Fortis, KBC, ING) ont décidé d'un commun accord des mesures de soutien aux entreprises mises en difficulté par la crise du coronavirus. Cet accord pourrait vraisemblablement s’étendre à toutes les banques actives dans l’octroi de crédits.
 
Il s’agira de facilités de crédit pour les crédits existants (échelonnement, suspension de remboursement en intérêts et/ou en capital) ou de crédits supplémentaires pour les entreprises qui ont besoin de bois de rallonge à cause de la crise, en impliquant les mécanismes de garantie publique.
Febelfin, la fédération sectorielle, se charge de coordonner ces mesures, en contact avec les autorités fédérales (Banque Nationale, SPF Finances), mais aussi avec les Régions, très actives en matière de garanties publiques et de cofinancement.

Plus d’infos sur les mesures de soutiens aux entreprises ici
Mais aussi : SPF Economie (https://economie.fgov.be), SPF Emploi (https://emploi.belgique.be), SPF Finances (https://finances.belgium.be). 
 

Willemen Groep mets préventivement tous ses chantiers à l’arrêt

Dans l’intervalle, la vie des entreprises continue. Ou presque. Mais pendant combien de temps ? En l’absence de lockdown décrété par le gouvernement fédéral, chaque chef d’entreprise agit en son âme et conscience. Avec les risques de cacophonie que cela engendre.
Ainsi, le 12 mars, on apprenait que, suite aux recommandations du gouvernement, la Confédération construction de la province de Luxembourg avait décidé de postposer toutes ses activités prévues, et ce, jusqu’au 3 avril. Ce qui semblait induire que de nombreuses entreprises de la province arrêtaient, elles aussi, leurs activités. Information aussitôt démenties par la Confédération construction pour qui, coronavirus ou pas, le secteur de la construction continuait de travailler. En d'autres termes, les chantiers ne sont pas fermés.
 

Willement Groep ; l’un des plus grands groupes de construction belges, a annoncé la mise à l’arrêt de tous ses chantiers ! ©Willement Groep
A ceci près que, deux jours plus tard, soit le 16 mars, Willement Groep (l’un des plus grands groupes de construction familial belge avec ses 2.500 collaborateurs et un chiffre d’affaires d’environ 900 millions d’euros) annonçait la mise à l’arrêt de tous ses chantiers ! « Le coronavirus menace aussi de contaminer bon nombre de nos collaborateurs. Pour limiter ce risque et éviter une situation chaotique, nous avons décidé de fermer tous nos chantiers de manière contrôlée », a indiqué le CEO Tom Willemen. « Tous les ouvriers actifs dans la construction et les travaux routiers resteront chez eux. Seuls les collaborateurs chargés de la sécurité des chantiers et de la signalisation des travaux d'infrastructure continueront à travailler. » Une position à contre-courant de celle adoptée jusque-là par la Confédération mais que Tom Willemen justifie ainsi : 
 
« Nous savons que ces mesures sont drastiques », poursuit Tom Willemen. « Mais au fond, nous anticipons une situation qui sera au final inévitable si l'on veut venir à bout de cette crise. La planification et l'organisation sont deux qualités importantes d'un bon entrepreneur. Voilà pourquoi nous estimons qu'il est préférable de fermer temporairement nos chantiers. En prenant dès maintenant ces mesures de façon contrôlée avant qu'elles nous soient imposées, nous évitons une potentielle situation chaotique. La santé de nos collaborateurs et de nos partenaires de construction passe avant tout le reste. »

En France, le BTP s’attend à un arrêt total de ses activités

À l’image de l’Italie où tous les chantiers sont bloqués, et les projets à l’arrêt, la France se prépare à entrer en quarantaine pour limiter la propagation du coronavirus. Du côté des entreprises du bâtiment, c’est branle-bas de combat.
 
Si des confinements plus élargis étaient décrétés, Patrick Liebus, président de la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises (Capeb), propose de mettre en place un document officiel donnant droit aux artisans et entreprises du bâtiment de se déplacer pour assurer les dépannages d'urgence.
 
Dans le cas d’un confinement général, Jacques Chanut, président de la Fédération française du bâtiment (FFB), Interrogé par nos confrères du Moniteur, rappelle qu’il faudra tout d’abord mettre en sécurité les chantiers : « il faut 24 à 48 h pour cela.» Ensuite, il faudra « déterminer tout de suite les mesures économiques qui seront prises pour accompagner les entreprises. Si elles ne travaillent plus, elles ne facturent plus, donc ne sont plus payées et ne peuvent plus payer à leur tour leurs charges… »
 
Après l’épidémie, « il faudra gérer la crise économique qui va suivre et qui sera un tsunami pour notre secteur. Il va falloir préserver au maximum le tissu pour espérer redémarrer l’activité une fois passée l’épidémie.»
 
Par ailleurs, la FFB demande plusieurs mesures fortes pour soutenir les trésoreries des entreprises : suppression de la TVA et décalage à très long terme des charges« Il faut des mesures inédites qui seront affreusement coûteuses, mais qui sont nécessaires pour la relance du secteur à l’issue de la crise », conclut le président de la fédération.
 

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