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Les architectes ne tirent plus leur plan

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La profession d'architecte s'anémie: investissements publics au régime, pour ne pas dire moribonds, construction peu vaillante, promoteurs qui lèvent le pied, notes d'honoraires non honorées, clients totalement ignorants des réalités et responsabilités du métier, concours perdus non rémunérés, la plupart des architectes ont du mal à boucler leurs fins de mois, quand ils ne tirent pas carrément le diable par la queue. Derrière les gros bureaux et quelques stars mondialement connues - même si ces dernières subissent aussi des revers comme Zaha Hadid et le futur stade olympique de Tokyo - qui imposent leurs conditions, gravite en effet une nébuleuse de (très) petites structures qui essaient de faire correctement leur boulot dans des conditions pénibles. Le revenu moyen d'un architecte belge se situe ainsi sous le revenu moyen des salariés (environ 3.200 euros brut pour ces derniers) et, pire encore, décline depuis 10 ans. Bref, 5 ans d'université pour un diplôme qui n'est pas payant et des responsabilités bien supérieures, en degré et en durée, à bon nombre d'autres professions, il faut être accro' Une étude récente a montré que près de la moitié des architectes belges envisageaient de changer de métier. C'est peu dire.

Sans oublier qu'à l'instar d'autres professions, les architectes doivent aussi commencer par investir, y compris à perte, pour travailler. Or, peu ont les moyens. Produire une esquisse ou un avant-projet sommaire a un coût non négligeable. Le récupérer par la suite sur les honoraires relève du parcours du combattant, voire d'une mission impossible si le projet ne se fait pas. Au-delà de la rémunération normale d'un travail fourni, cela revient à nier la valeur des prestations intellectuelles.

Et pourtant! Les architectes conçoivent les lieux dans lesquels nous vivons et travaillons, ils créent nos paysages urbains, ils confèrent des plus-values indéniables à nos lieux de vie, il jonglent avec les budgets serrés, se posent en arbitres entre un maître d'ouvrage et un entrepreneur, les intérêts économiques n'étant pas toujours ceux du projet. Qui d'autre, sinon eux, est capable de défendre la qualité architecturale, un élément d'intérêt public' Quel maître d'ouvrage ne souhaite pas un bâtiment fonctionnel et beau' Grâce à leur formation technique et artistique, à leur maîtrise des volumes, de la lumière et des niveaux, entre autres, les architectes répondent à ces demandes.

Certains cherchent leur salut dans le regroupement en partageant leurs compétences. D'autres dans la diversification vers des profils plus techniques, liés notamment aux réglementations environnementales. En ligne de mire: revaloriser une profession 'trop méconnue et en préserver l'indépendance. A défaut, il y aura réellement péril en la demeure.

Françoise Genicot

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