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Logement à Bruxelles: un enjeu stratégique

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Logement à Bruxelles:  un enjeu stratégique

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Les ménages bruxellois sont obligés de dépenser un peu plus chaque année pour se loger, pour un confort qui ne cesse de se détériorer et alors que leur pouvoir d'achat ne cesse de diminuer. Dans une étude récente, le Brussels Studies Institute dresse un état de la question. Sa conclusion est sans appel: il y a urgence!

Le logement tient une place fondamentale dans notre vie. C'est le lieu où l'on habite, le point d'ancrage de la vie familiale, un espace privé porteur de valeurs sociales et affectives, la condition quasi sine qua non de l'enregistrement administratif et donc de la participation citoyenne. Le logement est aussi un bien économique, qui s'achète, se loue, s'échange sur un marché rythmé par l'offre et la demande. C'est dans cette rencontre d'usages et d'intérêts, pas nécessairement faciles à concilier, que réside tout l'enjeu de l'accès - notamment financier - au logement et de l'adéquation de celui-ci aux besoins.

C'est peu dire que Bruxelles a depuis une vingtaine d'années un marché du logement tendu, conséquence de sa vitalité démographique. La proportion de mal-logés y est malheureusement très importante et l'offre de logements ' de logements décents s'entend ' particulièrement sur le segment des logements modestes et moyens est dramatiquement insuffisante.

Pour faire le point sur la question stratégique qu'est pour Bruxelles la question du logement, le Brussels Studies Institute (une structure permanente, émanant d'une convention de collaboration entre les trois universités bruxelloises: l'ULB, la VUB et Saint-Louis qui agit comme plateforme de coordination des recherches universitaires sur Bruxelles) a rassemblé autour de Christian Dessouroux, géographe à l'Université libre de Bruxelles, une équipe multidisciplinaire, mêlant chercheurs francophones et néerlandophones. Leur note de synthèse met en lumière, en variant les approches (démographiques, juridiques, politiques, sociologiques), les diverses facettes de la problématique du logement à Bruxelles. Si elle ne constitue pas un état des lieux exhaustif, cette étude offre néanmoins un panorama relativement complet des connaissances et des enjeux actuels. Elle met également en évidence les différentes dimensions de la question, de même qu'elle contextualise et explicite les controverses et débats, sans oublier de pointer les principaux enjeux pour le futur.

Inadéquation totale entre l'offre de logements et les besoins de la population

Plusieurs constats ressortent de ce travail. Le premier a trait à la difficulté de cerner précisément la demande. En tant que pôle d'attraction (inter)national, Bruxelles attire une population nombreuse et variée, dont la grande majorité est inscrite dans les registres d'état civil. Mais une autre part, non négligeable, échappe à cette source statistique, ce qui mène à une sous-estimation de la demande réelle en logements à Bruxelles.

Le second constat a trait à la forte hiérarchisation sociale du marché du logement. À côté de ceux qui sont en mesure de trouver un logement correspondant à leurs besoins, il y a une part grandissante de ménages qui ne disposent pas des ressources financières nécessaires pour prétendre pouvoir pénétrer le marché immobilier. Vu la pénurie persistante de logements sociaux et la faible régulation du segment privé, le marché bruxellois est actuellement insuffisamment prémuni contre un creusement des inégalités d'accès à un logement correct.

Les concessions en termes de confort, de taille ou de localisation sont dès lors de plus en plus fréquentes. Ceci a amplifié la sur-occupation, mais aussi renforcé une série de modes de cohabitation alternatifs ou contraints, comme la colocation, l'habitat groupé, l'hébergement chez un tiers, les squats' Si le phénomène touche, à des degrés variés, la Région dans son ensemble, les déficits d'habitabilité ont tendance à se concentrer dans le «croissant pauvre» de Bruxelles. Par ailleurs, pour certains, quitter Bruxelles constitue la seule alternative pour échapper aux prix élevés et aux mauvaises conditions de logement.

Pas de recette miracle mais un ensemble de solutions complexes et interdépendantes

Si les inégalités d'accès au logement font aujourd'hui partie du débat public et sont régulièrement à l'agenda politique, il n'en demeure pas moins que les acteurs privés continuent à jouer un rôle primordial alors qu'ils ne sont pas en mesure de répondre seuls à la demande pour des logements modestes. A cet égard, il ressort de l'étude du Brussels Studies Institute que l'implication des autorités publiques dans ce dossier s'avère bien trop hésitante et insuffisamment innovante pour répondre aux besoins pressants en logements bon marché. Or, c'est aujourd'hui la Région qui a largement la main, puisque la plupart des compétences relatives au logement ont été régionalisées.

Pourtant, en regardant la manière dont d'autres villes ' relativement similaires, démographiquement et sociologiquement, à Bruxelles ' se sont penchées sur le problème, il apparaît que le renforcement des partenariats public-privé est l'une des raisons avancées pour expliquer une politique de construction de logements qui a porté ses fruits. Or, jusqu'à présent, la stratégie du gouvernement bruxellois pour répondre au boom démographique a été de s'appuyer sur les grands promoteurs immobiliers pour la création de logement. Ce sont donc ces mêmes promoteurs qui fixeront les prix puisqu'il n'existe pas de système d'encadrement des loyers comme dans d'autres capitales européennes. Sauf si le secteur public est partie prenante.

Mais ce n'est qu'une solution parmi d'autres. Le ciblage des investissements publics, la mise en place de dispositifs de régulation du marché, la collaboration des acteurs ou encore la politique en matière d'affectation des sols soulèvent des enjeux urbanistiques, socio-économiques et politiques complexes et interdépendants. Si ces défis et enjeux sont aujourd'hui mieux explicités, il reste à y répondre rapidement. Et comme ne manque pas de le souligner le Brussels Studies Institute: il y a urgence'

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