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«Nous Construisons Demain», une campagne pour attirer 100.000 nouveaux travailleurs dans la construction

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«Nous Construisons Demain», une campagne pour attirer 100.000 nouveaux travailleurs dans la construction

© Rawpixel Ltd.

Avec sa nouvelle campagne «Nous Construisons Demain», l’organisation sectorielle Constructiv et ses partenaires souhaitent attirer la main d’œuvre qui manque cruellement au secteur. Comment? En changeant la perception qu’a le grand public sur la construction. Une enquête menée par le bureau d’études Profacts révèle le déficit d’image criant dont souffre le secteur: seulement 1 Belge sur 10 se dit enclin à travailler dans la construction.
Bien que le secteur de la construction représente 5% du PIB, 6% du chiffre d’affaires et 7% de l’emploi belge, le grand public reste extrêmement réticent à l’idée d’y poursuivre une carrière. L’enquête de Profacts menée sur 2005 personnes en Belgique a ainsi mis en lumière le décalage entre l’image que souhaite avoir le secteur et l’image qu’il a réellement. 

Des métiers et innovations méconnus

Maçon, plombier et électricien: voilà les trois métiers cités spontanément par les personnes interrogées lorsqu’elles pensent au secteur de la construction. Le métier de maçon étant celui qui revenait le plus souvent, 48% l’ayant tout de suite mentionné. Alors que la réalité contredit cette idée reçue: la proportion de maçon dans le secteur de la construction n’est seulement que de 12%.
 
Et il en va de même pour les évolutions technologiques du secteur. Bien qu’accordant une grande importance à l’innovation, très peu de répondants sont au courant des nouvelles technologies utilisées par la secteur. Ainsi, 72% sont incapables de citer spontanément la moindre innovation. Les métiers liés à ces innovations et la multitude d’emplois qui en découlent sont donc méconnus. 
 
«Nous sommes heureux que nos maçons bénéficient d’un tel crédit, mais notre secteur ne se limite pas à cette profession. L’avènement de la digitalisation et des innovations technologiques a considérablement influencé les métiers de la construction. Nous pensons non seulement à de nouveaux métiers tels que les concepteurs BIM, mais aussi aux ouvriers présents sur les chantiers et confrontés à ces nouvelles compétences liées aux évolutions numériques et technologiques. Nous recherchons donc des ouvriers pour gonfler nos rangs, mais aussi et surtout des ouvriers aux profils techniques capables de se mettre directement au travail. C’est pourquoi nous tenons à diversifier l’image de la construction, ce qui devrait aider à augmenter l’insertion de mains intelligentes, y compris parmi les jeunes», explique Bruno Vandenwijngaert, CEO Constructiv. 

Un déficit d’image

Mais les Belges ont-ils envie de travailler dans le secteur de la construction? La réponse est malheureusement non. Au-delà d’une méconnaissance des métiers du secteur, la construction souffre d’un profond déficit d’image. Seulement 1 Belge sur 10 se dit enclin à travailler dans le secteur. Et les demandeurs d’emploi et étudiants se montrent très critiques à son égard. Près de la moitié des premiers cités se forment une opinion négative du secteur. Et à peine 11% des étudiants s’y voient poursuivre une carrière. Cela tend à provoquer l’inquiétude du monde de la construction, car ce sont précisément ces profils dont il a besoin pour stimuler l’insertion de nouveaux travailleurs. Seule note positive sous cette grisaille, les personnes actives dans le secteur de la construction sont globalement très enthousiastes sur leur métier. L’étude montre que plus de 7 travailleurs sur 10 attribuent une note positive au secteur. De plus, une personne sur deux se dit fière de travailler dans le secteur, tandis qu’une faible minorité (8%) déclare le contraire. 
 
«Un constat rassurant, car ces chiffres nous donnent confirmation que les personnes qui connaissent le mieux le secteur et qui sont donc capables de l’évaluer de manière plus réaliste sont déjà convaincues des avantages que nous offrons», se réjouit Bruno Vandenwijngaert CEO Constructiv. «Le défi réside dans le fait de mieux faire connaître le secteur de la construction au monde extérieur pour ce qu’il est vraiment: un secteur innovant et en pleine croissance au sein duquel différents profils peuvent s’épanouir avec un salaire attractif.»

Une campagne pour tout changer

Pour relever ce défi, le secteur lance donc la campagne «Nous Construisons Demain». Grâce à cette campagne, le secteur ambitionne d’attirer 100.000 nouveaux travailleurs au cours des 5 prochaines années. «Nous espérons que cette campagne fournira à tout un chacun davantage d’informations sur ce que représente réellement notre secteur afin de promouvoir l’insertion. Un pas dans la bonne direction, bien que nous soyons évidemment conscients que cette campagne à elle seule ne suffira pas», souligne Bruno Vandenwijngaert, CEO Constructiv. «C’est la raison pour laquelle nous prenons, conjointement avec les partenaires sociaux de la construction, de très nombreuses autres initiatives pour préparer notre secteur aux défis de demain.»
 
Différentes initiatives sont (déjà) au programme, dont celles-ci :
  • Augmentation du nombre de formation
  • Augmentation du soutien financier pour les jeunes et les entreprises afin de promouvoir le contrat d’alternance
  • Favoriser l’engagement immédiat et le recours à des outils sectoriels tels que «l’emploi tremplin construction» et le «trajet maître tuteur»
  • Mise en place d’outils et d’instruments afin de favoriser le bien-être et la sécurité au travail
  • Aide aux demandeurs d’emploi au travers d’interventions sectorielles pour trouver des formations et un poste dans la construction
  • Promotion des métiers techniques en pénurie auprès des jeunes
  • Favorisation de la rétention des travailleurs
  • Lutte pour une concurrence loyale

Quid des réfugiés ukrainiens et du dumping social?

Le secteur est dans une position de faiblesse, et au-delà de cette campagne de grande envergure, toutes les solutions sont étudiées afin d’endiguer le problème du manque de travailleurs. Ce grand besoin en main d’œuvre se reflète dans la position du secteur quant à la situation ukrainienne et à l’exode massif de travailleurs que connaît le pays. À travers la Confédération Construction, le secteur a déjà annoncé qu’il était prêt à accueillir les travailleurs ukrainiens. À bras ouverts? Oui, mais pas à n’importe quelles conditions. «Les Ukrainiens quittent leur pays en situation de guerre, et cela nous pousse à nous interroger quant à leur état psychologique. Mais si ceux-ci sont prêts à travailler dans le secteur de la construction au salaire et aux conditions de travail belges et en tenant compte de toutes les règles de sécurité, ils sont bien entendu les bienvenus» déclare Gianni De Vlaminck, Président du Conseil d’Administration de Constructiv.   
 
Mais comment ne pas tomber dans le piège du dumping social? Des solutions existent au niveau régional et national, mais la dissonance européenne et mondiale pourrait compliquer la lutte que mène le secteur contre cette concurrence déloyale. «Les fraudeurs n’ont pas de frontières: ils sont aux quatre coins du monde. Il y aura donc malheureusement toujours et partout des personnes prêtes à exploiter l’être humain. Et la libre circulation des travailleurs au niveau européen ne facilite pas les choses, bien au contraire. Qui plus est, tous les pays européens n’ont pas la même bienveillance pour leurs travailleurs. Même si l’on n’arrivera jamais vraiment à l’éradiquer, nous avons des solutions afin de lutter contre cette concurrence déloyale qu’est le dumping social. Au niveau régional, les marchés publics sont un levier de lutte important. Nous ne tolérons plus de voir un marché remporté par une entreprise juste parce qu’elle propose l’offre la moins chère, sans aucune autre considération. Au niveau fédéral, nous travaillons avec le monde politique pour faire changer les choses. Au niveau européen, c’est plus compliqué au vu des intérêts divergents. Mais nous sommes en contact avec nos homologues européens afin de faire bouger les lignes» explique Pierre Cuppens, Secrétaire Général de la CSC-BIE (bâtiment-industrie-énergie).  
 

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