Suivre La Chronique

Prix de la maîtrise d'ouvrage publique: qualité et timidité

Prix de la maîtrise d'ouvrage publique: qualité et timidité

null

Les lauréats de l'édition 2015 du Prix de la maîtrise d'ouvrage publique de la Fédération Wallonie-Bruxelles sont connus. Ce concours, qui en est à sa 3e édition, est organisé par la cellule Architecture de la Fédération, en partenariat avec l'Association des Villes et des Communes de la Région de Bruxelles-Capitale, l'Ordre des Architectes (Conseil francophone et germanophone), la revue A+ et le maître-architecte de la Région bruxelloise.

Lancé en 2011, puis renouvelé en 2013, ce Prix biennal met l'accent sur le processus qui aboutit à la création d'un nouveau lieu et pas uniquement sur les qualités de l'aménagement proprement dit. Il encourage les pouvoirs publics à professionnaliser leur rôle de commanditaire et, plus largement, à endosser pleinement et à l'égard des citoyens, la «valeur d'exemple» propre à tout investissement public.

'' la nécessité de continuer à nourrir la culture de la maîtrise d'ouvrage publique.'

En ce sens, ce Prix participe à la reconnaissance de la dimension culturelle de l'architecture, constitutive du patrimoine de demain. Ce qui implique de tenir compte des éléments suivants: vision stratégique, objectifs de qualité architecturale, concertation avec les parties prenantes du projet public et respect des conditions du travail conceptuel développé par les auteurs de projet.

Quatre catégories et un Grand Prix

L'appel à candidatures s'est déroulé du 1er mars au 15 juillet 2015. Le jury s'est réuni le 2 septembre dernier. Il visait des projets régis par la loi sur les marchés publics et liés à la livraison de sites et bâtiments dont l'usage est majoritairement public et sans intérêt commercial ou qui hébergent des activités de service à la collectivité. Dix-neuf dossiers ont été introduits et le jury devait primer des lauréats dans quatre catégories: Equipement public - Logement public - Paysages et Espaces publics - Hors catégorie. Il pouvait en outre distinguer un des maîtres d'ouvrage pour son attitude particulièrement exemplaire par la mention spéciale «Grand Prix de la maîtrise d'ouvrage publique 2015», toutes catégories confondues.

Le jury était composé de maîtres d'ouvrages publics, d'experts wallons et bruxellois et d'un expert étranger. Il a évalué l'attitude des maîtres d'ouvrage candidats depuis les prémices du projet (études techniques et programmatiques préalables, analyse des besoins, budgétisation, financement, formulation de la demande, implication des usagers et du public,') jusqu'au résultat (dialogue avec le contexte social et physique, représentativité symbolique, dimension durable, potentialités de (ré)appropriation par la collectivité, accessibilité, réception par le public, qualité architecturale,') et tout au long du processus (désignation des auteurs de projet, dialogue et disponibilité lors de la conception et du chantier, fédération en cas d'imprévu, gestion du budget et du calendrier, implication des usagers et du public,'). Bref, l'objectif du Prix est de rendre visible des pratiques existantes en matière de commande publique qui ont porté leurs fruits et de les diffuser.

Palmarès

Catégorie Equipement public

Le jury a désigné deux co-lauréats dans cette catégorie: la Ville de Mons pour le Mons Memorial Museum et l'Institut du Patrimoine wallon (Ipw) pour le Centre Keramis à La Louvière.

n Le Mons Memorial Museum investit le site de l'ancienne Machine à Eau par un reconditionnement du bâtiment principal et une extension. Cette dernière prend la forme de deux nouvelles ailes développées de part et d'autre du bâtiment existant qui abrite l'entrée du musée. A travers le grand volume initial toute hauteur, une passerelle lie les premiers étages créés dans les nouveaux développements. Un lien de proximité est affirmé avec un étang à l'arrière du site en relation avec la création d'un sous-sol partiel ouvert sur la berge. L'architecture et la muséographie ont été conçues au sein d'une équipe pluridisciplinaire. L'intervention se distingue par son architecture «muette», les grandes façades blanches de l'extension constituant un fond de scène pour le bâtiment historique.

Le jury a félicité la ville de Mons pour avoir relevé le défi d'aboutir à un outil muséal totalement maîtrisé au départ d'un patrimoine et d'une collection dispersés. Malgré un calendrier très serré, le maitre de l'ouvrage s'est distingué par sa détermination à préparer au mieux le terrain pour le développement du projet. A cet effet, la Ville a mis sur pied un groupe de travail incluant de multiples experts dès les prémices et a continué à mobiliser ce groupe pour accompagner la concrétisation du projet. Elle a

également commandé plusieurs études de type programmatique, budgétaire et historique pour préciser la demande faite aux auteurs de projet. Elle a porté son choix sur une équipe rassemblant des compétences multiples et a déployé une énergie conséquente pour valoriser les compétences de chacun. Enfin, la concrétisation de tous ces efforts en un édifice sobre, mettant en avant le patrimoine historique et le contenu muséographique, a été particulièrement appréciée.

n Keramis est un des projets de revitalisation de l'ancien site de la manufacture Royal Boch à La Louvière, fermée en 2008. Trois fours à alandier, derniers témoins de l'activité passée, ont été restaurés, réhabilités et complétés par une construction contemporaine destinée à la représentation, la pratique, la communication et l'enseignement de la céramique. Le projet prend la forme d'une «peau» de béton s'enroulant souplement autour de l'atelier contenant les fours classés. Ces derniers restent disponibles pour des installations artistiques ponctuelles et leur localisation au centre du parcours les rend visibles et accessibles de toutes parts. La nouvelle «peau» définit à la fois plus de 2.000 m2 de nouveaux espaces pour le Centre de la céramique et une cour à ciel ouvert sur laquelle donne la cafeteria.

Le jury souhaite ici distinguer l'attitude exemplaire de la maîtrise d'ouvrage tout au long du déroulement de l'opération. L'Ipw a ainsi pris les dispositions nécessaires à la prise en main d'une opération déjà en cours et dont elle n'était pas l'instigatrice. Confrontée à divers problèmes, elle a su mobiliser les moyens humains et matériels afin de faire aboutir le projet dans le respect des premiers idéaux. Le jury salue également une procédure de désignation des auteurs de projet exemplaire, incluant la forfaitisation des honoraires à un taux particulièrement généreux, prenant en compte la complexité du projet et du travail à fournir. Si les incertitudes budgétaires constituaient une contrainte initiale pour les propositions architecturales, cela n'a donc pas été le cas pour le coût du service. Enfin, l'intégration d'une 'uvre d'art au projet, dans sa conception et dans sa réalisation, a également séduit le jury.

Catégorie Logement public

Beliris et la commune de Schaerbeek pour un immeuble de 5 logements.

n L'immeuble investit une parcelle d'angle dans un contexte urbain dense, à la fois ingrate par ses dimensions et sa géométrie, et stratégique, par sa position en entrée de ville et sa grande

visibilité. La silhouette prolonge les gabarits avoisinants en un mouvement ascendant. A son point culminant, la construction atteint la hauteur des immeubles les plus élevés de la rue. En concevant ce profil, les auteurs ont suggéré une modification du programme initial portant à cinq le nombre de logements au lieu de trois au départ. Leur ambition était de densifier verticalement, afin d'être plus généreux horizontalement. Les appartements présentent dès lors une qualité rare en logement social, dépassant de 10 à 15% la norme de surface en vigueur, rendue également possible par des économies sur les finitions. Chaque appartement occupe un niveau et profite des quatre orientations ainsi que d'un espace extérieur privatif orienté au sud. Un système de demi-niveaux évite le rapport direct entre le logement et la rue et les angles du rez-de-chaussée sont «cassés» afin de minimiser l'emprise au sol, offrant du même coup un supplément de surface à l'espace public.

Le jury distingue la commune de Schaerbeek pour la mécanique efficace mise en place au cours de cette opération et dans l'ensemble de ses Contrats de Quartier. A ce titre, le rôle majeur joué par son maître d'ouvrage délégué attitré, RenovaS, est à souligner. Le souci de qualité accordé à chaque volet de l'opération (architectural, programmatique ou procédural) illustre cette attitude positive vis-à-vis du projet. Le jury relève également la présence d'esprit d'une maîtrise d'ouvrage qui a fait de l'«habitabilité» un de ses critères d'attribution principaux. Enfin, la volonté de prendre à bras le corps la problématique urbaine difficile, et souvent ignorée, des parcelles d'angle, est également à souligner. Le jury identifie dans cette opération le témoignage d'une ambition publique complète, alliant considération des créateurs, attention aux usagers et véritable vision urbaine structurante.

Catégorie Paysages et Espaces publics

Le lauréat de cette catégorie a également remporté le Grand Prix de la maîtrise d'ouvrage publique 2015.

Commune de Molenbeek pour l'aménagement de sa place communale.

Le projet visait à transformer un espace chaotique, défiguré par les travaux liés à l'enfouissement du métro et complètement abandonné aux voitures, en un espace convivial et apaisé. S'appuyant sur un geste politique fort consistant à supprimer totalement le parking, l'intervention aboutit à l'application, de façade à façade, d'un revêtement minéral unique. Parallèlement, la signalisation a été bannie et la place se veut un espace partagé, tant en termes de flux que d'occupations. Le passage des voitures est toléré, mais côtoie piétons et cyclistes. Il en résulte une grande surface plane et dégagée aux usages multiples, dont celui d'héberger le marché hebdomadaire de la commune. Cette neutralité permet aussi de favoriser l'attention à l'autre. Une 'uvre de l'artiste Joëlle Tuerlinckx, qui disparaît sous le sol, laisse aux passants la liberté de se construire eux-mêmes l'image d'une 'uvre, d'une place et d'un quartier.

Le jury tient globalement à souligner le professionnalisme de la maîtrise d'ouvrage. Il salue la commande d'études de mobilité préalables à des experts extérieurs et la position pleine de bon sens, mais non moins courageuse, prise par le maître d'ouvrage de libérer l'espace urbain de la voiture en améliorant la gestion de sous-'uvres inexploités. La procédure de désignation des auteurs de projet est aussi exemplaire en tous points et le jury a été particulièrement intéressé par le type de production demandé. La note d'intention illustrée par des références, qui n'étaient pas spécifiquement issues de la production des soumissionnaires, avait pour avantage de convenir parfaitement à l'objet du marché tout en ouvrant la voie à des jeunes équipes. Le jury a particulièrement apprécié la façon dont une situation chaotique a été prise en charge au travers des moyens architecturaux les plus simples. Il distingue une proposition cohérente de bout en bout, qui a vu revivre non seulement une place, mais aussi tout un quartier.'

Restait encore une catégorie qualifiée en fait de «hors catégorie» qui ciblait un processus de projet répondant de façon innovante aux critères de qualité énoncés et/ou inclassable dans les catégories existantes. Le jury n'a pas désigné de lauréat cette année bien que deux dossiers aient été introduits par l'intercommunale Idea, l'une pour le château d'eau de Ghlin et l'autre pour un incubateur urbain à Mons.

Une plaque est apposée sur chaque projet lauréat tandis qu'un livre explore en détails les ouvrages primés.

Stimuler la culture de la maîtrise d'ouvrage publique

Mais au-delà de la découverte de ces projets et des initiatives déployées dans ce cadre par les maîtres d'ouvrage publics, la 3e édition de ce concours a également fourni l'occasion de faire le point sur l'état du processus de la commande publique en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Si le nombre de dossiers est en légère augmentation par rapport à l'édition précédente qui avait suscité 15 candidatures, il reste encore trop faible. Ce constat invite les organisateurs à améliorer leurs moyens de diffusion de l'appel à candidatures, dans un contexte de prolifération de prix d'architecture en tous genres.

'L'objectif du Prix est de rendre visible des pratiques existantes en matière de commande publique qui ont porté leurs fruits et de les diffuser.'

Par contre, la qualité des candidatures, elle, est en constante progression au cours des éditions, bien que la plupart des opérations, même lauréates, révèlent encore quelques points perfectibles. En effet, si le jury a pu découvrir dans presque tous les dossiers des démarches positives, inventives et proactives de la part des commanditaires de projets publics, peu nombreux sont les projets candidats ayant pu bénéficier d'une qualité de maîtrise d'ouvrage constante depuis la genèse du projet jusqu'à son ouverture au public. Ce constat témoigne de la nécessité de continuer à nourrir la culture de la maîtrise d'ouvrage publique, notamment en proposant des outils directement appropriables par les acteurs de terrain.

Le jury a néanmoins décidé d'encourager l'évolution en marche en primant des opérations très qualitatives bien qu'imparfaites. Une décision étayée par la mise en place, pour la première fois cette année, d'un prix spécial toutes catégories lui permettant de distinguer une maîtrise d'ouvrage qui se serait montrée exemplaire de bout en bout.

De plus, peut-être soufflée par un président de jury, lui-même acteur éclairé de la maîtrise d'ouvrage publique en France (Bernard Roth), une attention particulière a été apportée lors de cette édition à l'adéquation entre les estimations budgétaires et programmatiques initiales du maître d'ouvrage et leurs corollaires en fin de chantier. Elle reflète la capacité d'un maître d'ouvrage à définir précisément sa demande, à se donner les moyens de ses

ambitions ou, plus justement, à se donner les ambitions de ses moyens. Le jury plaide dès lors pour une estimation de départ juste et réaliste, au besoin assistée par des experts.

Cela permettrait de tenir la ligne budgétaire, mais également d'inviter les architectes à jouer dans un jeu franc et réaliste dès le stade du concours.

Manque d'ambition

Une autre facette dévoilée lors de cette édition a été celle d'un manque d'ambition, que ce soit par le faible nombre de candidatures, mais aussi par une faible prise en compte, dans plusieurs projets, des espaces publics et du paysage. Le décret prévoyant l'intégration d''uvres d'art dans les bâtiments publics à l'occasion de travaux a aussi été jugé trop peu souvent appliqué alors qu'il est de notoriété publique qu'il favorise l'accessibilité de l'art au public, surtout dans les espaces publics et les lieux fréquentés par les enfants.

Enfin, les procédures de type «design and build» ont à nouveau montré leurs limites, notamment en introduisant un rapport de force peu sain entre entreprises de travaux et architectes.

En conséquence, si le concours a déjà bénéficié de plusieurs adaptations de forme et de fond depuis sa première édition en 2011, la Cellule architecture, forte des suggestions du jury, s'attèlera pour 2017 à améliorer les modalités de ce Prix de façon à toujours plus et mieux saisir et partager les outils de maîtrise d'ouvrage publique éprouvés. Qu'on se le dise'

Nous vous recommandons

Détecteur et app chez Niko

Détecteur et app chez Niko

Le spécialiste de l'appareillage électrique, des prises de courant et des produits pour la maison intelligente Niko lance une gamme innovante de détecteurs faciles à installer grâce à un[…]

20/04/2019 | Electricité
«The Art of Structural Design»: la vitrine internationale de SCIA Engineer

«The Art of Structural Design»: la vitrine internationale de SCIA Engineer

Hiver clément pour la construction

Hiver clément pour la construction

Travaux de voiries wallons: les piétons et cyclistes incontournables

Travaux de voiries wallons: les piétons et cyclistes incontournables

Plus d'articles