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'Une ancienne usine de lingerie transformée en centre administratif

'Une ancienne usine de lingerie transformée en centre administratif

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Depuis début juin, la ville de Zottegem a centralisé ses services communaux sur le site de l'ancienne usine Sanitary Underwear Company. La reconversion de cet immeuble industriel en centre administratif moderne est une véritable réussite. Belfius a été maître d'ouvrage pour le financement de ce projet. Le site a été officiellement inauguré début juillet, en présence de Jan Briers, gouverneur de Flandre orientale.

Jouxtant ce nouveau centre, le Musée de la Machine à vapeur («Stoomketelmuseum») donne l'opportunité aux visiteurs de pénétrer dans deux authentiques machines à vapeur Lancashire, fleurons de la période industrielle qui, à l'époque, alimentaient l'usine en électricité, chauffage et énergie thermique. Avec la cheminée octogonale de l'usine, conservée dans son état d'origine, l'ensemble constitue un patrimoine classé.

En cette chaude journée d'été, nous parcourons le site de l'ancienne usine Sanitary. A l'extérieur, les grandes ouvertures vitrées attirent le regard et la façade en béton rénovée, qui témoigne de notre passé d'industrie textile, impressionne. Erigée en 1909 par un entrepreneur français, l'usine Sanitary était un bâtiment véritablement révolutionnaire pour son époque, entièrement construit en béton armé: c'est l'une des premières constructions de ce type réalisées en Belgique. «Faire de ce bâtiment un centre moderne constituait un véritable défi», explique l'architecte Thierry Ferfers. «A l'époque, on ignorait totalement comment intégrer correctement les armatures au béton. Dès lors, comment procédait-on' En réalisant un coffrage, dans lequel on mettait un peu d'acier et dans lequel on coulait ensuite un peu de béton ' qui n'était d'ailleurs pas de première qualité ' et c'est tout! Résultat: des agglomérats de gravillons, des armatures mal positionnées et une couverture d'un demi-centimètre de béton seulement au-dessus des armatures ' alors qu'actuellement, on prévoit toujours une couche de deux centimètres. De plus, à l'époque, les gens utilisaient de l'acier uniquement pour les ligatures de résistance à la compression et non pour la résistance à la traction. Quant au château d'eau qui surplombait le bâtiment, il était dans un tel état de délabrement que nous n'avons pas pu le mesurer. Nous avons décidé de le reconstruire entièrement.»

Une cage vitrée

Quand on pénètre dans le bâtiment, on se rend immédiatement compte que celui-ci satisfait aux normes actuelles en matière de chauffage et de climatisation. L'une des exigences de l'Agence flamande «Onroerend Erfgoed»  (Agence du Patrimoine de Flandre, dépendant des autorités publiques flamandes ' ndlr) était de conserver façades, baies vitrées et plafonds dans leur état d'origine. L'équipe chargée des travaux de rénovation a donc dû faire preuve de créativité et a adopté le principe de «boîte dans la boîte», ou du «bâtiment dans le bâtiment»: une «cage vitrée» a donc été ajoutée au bâtiment existant, ce qui a permis de préserver au maximum les façades extérieures en béton et maçonnerie, ainsi que les châssis de fenêtres en fonte, tout en répondant aux normes de confort actuelles. «Nous avons intégré dans le bâtiment une structure métallique entièrement neuve dont la fonction est à la fois isolante et porteuse. Même si les murs en béton des façades existantes n'ont qu'une épaisseur de maximum 15 centimètres, la cage en verre crée un espace à la température idéale. Les panneaux vitrés ont été placés entre des colonnes d'acier galvanisé, elles-mêmes coulées dans le béton, qui constituent la nouvelle structure portante. Pour le plafond, nous avons utilisé de grandes poutrelles Litska (plus légères et moins coûteuses), placées horizontalement sur les niveaux et qui nous ont permis d'obtenir un plancher surélevé par niveau. Les plafonds en béton qu'on voit à présent sont donc entièrement suspendus à une toute nouvelle charpente en acier, mais c'est donc bien le plafond d'origine qui est visible. Tout a été laissé dans l'état le plus proche possible de l'état d'origine. Ainsi, nous avons pu résoudre un problème au niveau des colonnes centrales en les dotant d'un «emballage» en fibres de carbone, comme armature, et en procédant ensuite aux finitions pour les remettre dans leur état d'origine. A ce niveau, la rénovation du bâtiment Sanitary a fait appel à des techniques de pointe.» Le site figure sur la liste des monuments classés. L'architecte nous explique que ces monuments constituent des exceptions en matière d'exigences PEB et de normes de sécurité incendie. «Pour un tel monument, on peut simplement s'efforcer de se rapprocher autant que possible de la norme et rechercher des solutions équilibrées entre le patrimoine et les normes actuelles.»

Une couleur pour chaque étage

Le centre administratif compte quatre étages, qui ont chacun leur propre couleur, pour que le visiteur puisse s'orienter aisément. A l'exception du service du Tourisme, tous les services communaux ont déménagé et quitté la place du Marché pour s'installer dans la rue Gustaaf Schockaert. Nous sommes accueillis au premier étage (l'étage jaune) par l'attaché culturel. Auparavant, ces locaux hébergeaient les bureaux de la direction de l'usine, qui avaient une vue directe sur les ouvriers occupés aux machines à filer, au rez-de-chaussée. A présent, ces bureaux sont ceux du service Population. Ce qui frappe en entrant, c'est l'omniprésence du bois, la sobriété de l'éclairage et les différentes couleurs des murs.

Au quatrième et dernier étage, nous croisons le bourgmestre, Jenne De Potter. Ici, à ce «bel étage», ce qui attire l'attention, ce sont les vastes salles de réunion, le puits de lumière et la vue panoramique sur la ville ' jusqu'à Gand, à ce que l'on dit. Chaque salle de réunion est dotée d'un grand écran de télévision, d'une cuisine et a son propre nom: la salle Schockaert (ainsi baptisée en hommage à la famille Schockaert, pionnière de l'industrie textile à Zottegem) et la salle Noorderlicht (littéralement «Lumière du Nord»: en effet, on tissait de préférence à la lumière septentrionale, ce que permettait le plan incliné de la toiture de l'usine, orienté au nord). Au troisième étage se trouve la salle Montmartre (en référence au quartier Montmartre, dans lequel se trouve le site Sanitary).

'Nulle part ailleurs en Europe, il n'existe un endroit où la technique de la vapeur est expliquée de cette manière, et le fait que le visiteur puisse pénétrer dans les machines à vapeur renforce encore le caractère unique de ce musée.'

L'adossement à la façade sud d'une couverture de façade intégrant un escalier de secours fait du complexe Sanitary une véritable curiosité. Cette idée comportait aussi un avantage financier, puisqu'elle a permis d'éviter l'aménagement d'un escalier de secours dans la partie intérieure. La toiture a, quant à elle, été entièrement recouverte de panneaux solaires, pour faire de cet immeuble un bâtiment durable, le moins énergivore possible.

«Une aberration»

A côté du centre administratif et du musée se trouve la cheminée d'usine. «Initialement, la cheminée avait été construite avec des éléments préfabriqués en béton, simplement empilés les uns sur les autres et assemblés par une maçonnerie lâche. Il n'y avait absolument aucune structure latérale pour maintenir la cheminée. A l'origine, elle mesurait trente mètres de haut, mais en 1923, elle a été raccourcie de treize mètres. Esthétiquement, la cheminée était une belle réalisation, mais une aberration d'un point de vue stabilité.»

La rénovation du site Sanitary a été un travail de longue haleine, mais le résultat est là et il reflète bien le passé de Zottegem et sa tradition textile. L'architecte explique: «en 1999, feu l'architecte Eddy François m'avait demandé si je souhaitais collaborer à ce projet. A posteriori, je porte un regard extrêmement enthousiaste sur la collaboration qui a été la nôtre. Mon domaine de spécialisation est la restauration, tandis que mon collègue pouvait se prévaloir d'une grande expérience dans le secteur des nouvelles constructions. La première fois que j'ai eu le dossier en main, l'Agence du Patrimoine de Flandre («Onroerend Erfgoed») m'a demandé si l'estimation financière du projet n'était pas trop élevée. Hélas, après une analyse approfondie, j'en suis arrivé à la conclusion que les premières estimations de coûts étaient largement insuffisantes. J'ai alors eu l'idée d'ajouter le musée, comme témoin du passé industriel de la ville, ce qui a permis de booster la valeur patrimoniale de l'ensemble du site. On peut dire que, si le centre administratif a pu déménager dans ces locaux, c'est grâce aux subsides octroyés pour le musée. Lors des journées portes ouvertes, le musée a remporté un vif succès auprès du public, qui s'est pressé dans de longues files d'attente. Nulle part ailleurs en Europe, il n'existe un endroit où la technique de la vapeur est expliquée de cette manière, et le fait que le visiteur puisse pénétrer dans les machines à vapeur renforce encore le caractère unique de ce musée.»

'La rénovation du bâtiment Sanitary a fait appel à des techniques de pointe.'

Les travaux de rénovation ont débuté en 2002. Ils comprenaient trois phases. Les deux premières phases prévoyaient de stabiliser et de restaurer le bâtiment, ainsi que de le rendre étanche aux intempéries (eau/vent). La troisième phase était celle des finitions: placement et installation de tous les éléments destinés aux utilisateurs, ainsi que des composantes du système Hvac, etc.

Un peu d'histoire

La société Sanitary Underwear Company a été fondée en 1909 par la famille Schockaert. A la fin des années 1970, elle était leader sur le marché du Benelux dans le domaine des sous-vêtements, des pyjamas et des chemises de nuit, avec des marques phares telles que Ribconfort et Avion. C'était également l'un des principaux employeurs des Ardennes flamandes. A la suite de sa reprise par un groupe textile néerlandais, l'entreprise a été fermée en 1992, et rachetée un an plus tard par l'intercommunale «Land van Aalst». En 1995, le site a été intégré dans la liste des monuments classés. Depuis toujours, le bâtiment fait partie du paysage de Zottegem, mais après sa rénovation et l'ouverture du nouveau Musée de la machine à vapeur («Stoomketelmuseum»), il constitue véritablement l'une des curiosités à ne pas manquer quand on visite la ville.

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